Partis en debut d'apres-midi de Busher, nous filons vent dans le dos, le long du golfe persique vers le sud-est. Apres 2 heures et demi de route, nous nous faisons arreter par une voiture (a Delvar) dont le chauffeur veut nous inviter chez lui, dans le village suivant. "L'offre" nous tente bien, mais il y a un probleme ; a la question : "Etes-vous maries et avez-vous des enfants ?", il nous repond non. Et, a vrai dire, nous sommes un peu refroidis avec les hommes iraniens non maries... Ils ont, comment dire, quelques problemes avec leur zigounette, ce qui les rend un peu trop collants et entreprenants, surout dans la region de Bushehr (voir article sur Bushehr : http://biketrip.aliceblogs.fr/blog/Iran/_archives/2007/1/1/2611460.html#post_comment). Nous declinons. A peine en selle, une seconde voiture s'arrete, et on nous invite a nouveau. Ce coup-ci, le monsieur, Hassan, a bien une famille, mais habite a 30 ou 40 km de la, derriere une petite montagne de surcroit. Mais comme nous l'entendons souvent ici : "No problem". J'ai mon beau-frere qui habite Delvar, vous pouvez y laisser le velo et la remorque, et je vous enmene en voiture a Tangestan". Ah bon... ben d'accord alors... Nous passons chez le beauf, y prenons un the avec un beau plateau de fruits (bananes, oranges, et carottes !), puis il nous conduit chez lui. Avant cela, il nous fait un detour "touristique" pour nous montrer des sources chaudes, souffrees, dans lesquelles se baignent quelques locaux. Sympa ! Ensuite, nous allons dans la famille de sa femme, ou nous prendrons le repas, avant d'aller chez lui passer la nuit.

Comme il se fait ici, la maison est remplie de cousins, de freres, de soeurs, de bebes, de tantes, enfin tout ce qu'il faut pour mettre une bonne ambiance et une bonne animation. Hassan, qui parle un peu anglais, fait l'interprete. On plaisante, on discute, le courant passe tres bien, et tres vite. On nous demande ce que nous voulons pour diner. Ne nous faisons pas les difficiles, et retournons la question. Au final, nous aurons des crevettes, du poulet et riz, accompagne d'un jus de grenade, le tout dans des quantites gargantuesques. Heureusement, le velo nous permet d'ingurgiter des portions demeusurees, ce qui ravit les cuisinieres, et notamment la grand-mere. C'est affolant ce que l'on peut faire rentrer dans nos estomacs, nous n'en revenons pas nous memes. Les dattes de la region sont succulentes. Tellement sucrees qu'on dirait qu'elles sont confites, mais je dois avouer, que notre preference va a celles de Bam (fondantes), mais chut ! il ne faut pas le dire ici...

Tout le monde est a l'aise, et la famille insiste pour que Stef enleve son hidjab, non pas par voyeurisme, mais justement parce que tout le monde est detendu, et ils savent bien que ce n'est pas dans nos habitudes de vivre avec un foulard sur la tete. Ledit foulard demande une vigilence de tous les instants a "l'occidentale" pendant le repas, afin qu'il ne se transforme pas en bavette, au riz et a la sauce a la grenade. Nous tombons de fatigue, et Hassan nous propose de partir. A ce moment, une des jeunes filles qui avait beaucoup blague avec Stef va dans se chambre et revient avec un manteau dans les bras (le terme de manteau, ici, designe une sorte de tunique qui descend jusqu'aux genoux, et qui est cense masque les formes du corps ; celui-ci est bien cintre, hehe). C'est un cadeau ! Nous refusons 3 fois, et finissons par accepter.

Chez Hassan, on nous prepare un couchage, au sol, sur un tapis. Nous trouvons le sommeil en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Le lendemain, Hassan nous presente ses parents, notamment son pere, 103 ans. Il a tout connu, les Shahs, la revolution, les guerres... Nous prenons le petit-dejuener ensemble, avec au menu, de la delicieuse confiture a la carotte (en concurrence directe avec celle aux petales de rose d'Espahan, tout aussi succulente).  La famille insiste pour nous garder une journee de plus, ou au moins pour le repas du midi, mais nous devons partir, les kilometres ne se font pas tous seuls, et c'est bien 2 ans qu'il nous faudrait pour faire notre voyage si nous nous arretons dans tous les endroits sympas. C'est avec un petit pincement au coeur que nous prenons l'auto, direction Delvar, pour recuperer le velo. En chemin, l'horreur s'est produite quelques minutes avant notre passage. Un (ou 2, nous n'avons pas bien compris) enfant de 6 ou 7 ans s'est fait renverse (le terme est bien trop faible) par un camion roulant probablement a vive allure. Les femmes de sa famille et du village sont la, pleurant, hurlant et poussant des cris dechirants. Certaines ne tiennent plus debout et s'affalent au sol. Des hommes se prosternent, d'autres sont allonges par terre, comme paralyses par le chagrin, la rage... La scene est insoutenable, et les 2 ou 3 secouristes ne savent plus ou donner de la tete. Pour le petit, il est deja trop tard, reste a gerer la detresse des plus grands.

Tout ca nous rappelle que la vie ne tient qu'a un fil... Raison de plus pour en profiter pleinement, et d'arreter de se faire la guerre pour un oui, pour un non...

Le soleil est bien present, et la temperature nous ramene quelques mois auparavant. Il fait entre 20 et 25 degres a l'ombre, et notre peau reprend tres vite des couleurs. La journee se passe bien, meme si, forcement, nous gambergeons et pensons a cette fichue couverture sur ce corps d'enfant. Nous restons cependant mefiants lorsque nous croisons des jeunes sur des motos. Justement, a contre sens, 5 motos avec 2 ou 3 personnes sur chaque arrivent en contre-sens. Elles font demi-tour et foncent pour nous rejoindre. Pas vraiment inquiets, mais pas vraiment non plus dispos a repondre aux questions idiotes d'ados excites, nous pensons : "pfff..." Une voiture derriere nous a vu la scene, et avant que les motos arrivent a notre niveau, elle s'arrete. 1, 2, 3, 4, 5, 6 puis 7 jeunes adultes en sortent, et se postent au milieu de la chaussee. Il ne manquait plus que ca ! A notre plus grande surprise, ils nous font de grands sourires, et nous font signe de continuer, sans meme mettre pied a terre. En revanche, ils arrentent les motards, et leur demandent de ne pas nous suivre !! Ils attendront un bon quart d'heure, pour etre sur qu'ils ne reviennent pas. Pendant ce temps, nous poursuivons notre route, et il nous rejoingnent quelques km plus loin. Ils nous escortent par la suite pendant encore une bonne dizaine de kilometres ! Nous ne saurons jamais ce que nous voulaient les motards, surement pas grand chose, mais c'est certainement mieux ainsi. Arrives a leur village, ils nous donnent un papier avec leur numero de portable et celui de police, "au cas ou" comme ils nous disent.

Une demi-heure plus tard, nous nous arretons dans un micro village, a l'ecart de la route, pour passer la nuit. Nous sommes regardes comme des betes curieuses, mais avec bienveillance. Nous demandons a la mosquee si nous pouvons planter notre tente sur son terrain, mais deja un attroupement s'est forme. Un voisin nous propose alors de dormir chez lui, juste en face, a l'abri des regards.

Le lendemain, une fois encore, on nous propose de rester pour le midi, mais nous comptons bien avancer, et c'est avec un grand soleil, de plus en plus chaud, que nous gagnons Dayier, une grosse centaine de kilometres plus loin. Le fait marquant du jour ? Alors que nous n'etions plus qu'a un quinzaine de kilometres de ladite ville, une voiture nous demande de nous arreter, ce que nous faisons, c'est (presque) toujours sympa de papotter quelques minutes, et ca nous fait une pause. Coincidence, il s'agit de journalistes, les collegues de ceux qui voulaient nous filmer a Bushehr ! Je leur montre le mot de leurs homologues. Ils font leur sujet, nous prennent en train de rouler, nous interviewent, et le responsable, Hassan... nous invite chez lui ! Le hic, c'est qu'il y a un fort vent de face, et que nous sommes plutot lent. "No problem", le leightmotiv iranien, pendant 20 minutes il roulera devant nous a 18 km/h pour nous enmener dans sa maison, en face de la mer !

Superbe maison, quoique en travaux, avec TV par satellite (donc chaines francaises !), machine a laver (genial !) et douche spacieuse (un regal). A peine arrive, il nous prepare un gros repas, avant de nous laisser nous reposer quelques heures. Ensuite, pour la soiree (sa femme etait a Bushehr, voir son papa), un de ses amis, Hossein (prof d'anglais) et 3 cousines et amies sont arrives, pour, encore une fois un repas digne de ce nom... Mais surtout, ce qui est a noter, c'est l'ambiance extraordinaire qui regne, et qu'il ne m'est pas vraiment possible de retranscrire avec de simples mots. On a rigole (beaucoup beaucoup), on a echange, on a compare, on a refait leur monde, puis le notre, et ce n'est que le sommeil qui  a eu raison de cette veillee qui restera gravee dans nos memoires. Une fois de plus, ils nous ont demande de rester pour le jour suivant. Nous avons fini par refuser, mais on ne sait pas vraiment pourquoi finalement (on n'est pas a un jour pres !), et on le regrette... mais c'est ainsi, et peut-etre qu'on se recroisera (l'espoir fait vivre !).

C'est d'autant plus bete que le jour suivant, un vent a decorner les chameaux (ah non, ca va pas), a decorner les chevres (hautes sur pattes ici), qui nous vient de cote, nous oblige a arreter de pedaler apres un peu plus d'une heure de route, pour ... 15 km ! Nous nous disons que nous aurions vraiment mieux fait de rester chez Hassan, quand une voiture se met a notre niveau. C'est un prof, qui nous invite chez lui, a son tour. Dans sa maison, sa femme et son fils nous accueillent autour de fort-bons morceaux de poissons du golfe. Apres un debut d'apres-midi de repos, Abbas sort son jeu d'echec et appelle son voisin. 2 parties acharnees seront disputees, avec, au final : Iran 1 France 1, mais ils s'y sont mis a 2 pour la revanche !  

Pour rattraper les kilometres non parcourus de la veille, nous en faisons 120 pour atteindre un village sans nom, meme pas sur les cartes. Nous avons passe la journee dans un paysage grandiose de rochers, de montagnes, avec vue sur le golfe. Cette route est vraiment magnifique, et peu circulee de surcroit, c'est un vrai bonheur pour les cyclistes. Lorsqu'un camion nous double, le souffle cree transforme Stef en lezard a colerette avec son hidjab qui se releve... ou alors il se colle sur son visage, hihi...Il est rigolo de constater que, malgre la chaleur, les motards roulent quasiment tous la tete embobinnee dans des foulards, notamment les fameux motifs rose et blanc que les journaux televises nous montrent portes sur des Irakiens. Du coup, au debut nous n'etions pas rassures. Ne voir que les yeux noir-profond depasser de ce morceau de tissu diabolise par nos medias, brrr, ca fait froid dans le dos. En fait, nous nous rendrons vite compte que c'est juste pour se proteger des courants d'air ! Il est certain qu'un casque ne serait pas plus mal, mais ceci "ne nous regarde pas" dixit les Inconnus. En chemin egalement, une bande d'ados en moto (6 motos en tout), fait demi-tour pour venir a notre rencontre. Assez vite, ils se mettent a nous tourner autour, nous empoisonnant l'existence, tant par leur comportement, que par le bruit et l'odeur de leurs 2 temps. Et puis l'un d'eux cherche a attraper le drapeau de la remorque, un autre une de nos bouteilles d'eau. Bon, ben il faut reagir. Je gare le velo en catastrophe le long de la chaussee, pendant que Stef me sort la matraque telescopique que le plus vieux de mes beaufs (un policier, hehe) m'a confiee avant notre depart. D'un coup de poignet sec (comme il me l'a montre), l'engin se deplie dans un cliquetit caracteristique. Effet boeuf, les gamins disparaissent, et nous les reverrons jamais. Il faut dire que de loin, on ne sait pas vraiment si cette matraque est tranchante, piquante, et elle ne donne pas vraiment envie d'en savoir plus d'ailleurs... Un peu plus loin, un autre ado en moto nous casse les pieds. La matraque etait malheureusement rangee, et il a profite d'un moment d'inattention pour effleurer la poitrine de Stef. Decidement, ils ont vraiment un probleme avec tout ca. Evidemment, il a prit la poudre d'escampette, et il nous etait impossible de le suivre avec le velo. J'ai cru qu'il faisait demi-tour, et je l'ai attendu de l'autre cote de la route matraque deployee pour lui tirer les oreilles, mais le pleutre n'en avait pas eu le courage. Nous avons bien croise une roulotte de police un peu plus loin, mais le temps que le bonhomme emerge de sa sieste, nous avions decider de decamper.

Nous nous hissons au niveau d'une cahutte dans les champs, pour demander si nous pouvons planter la tente (ces temps-ci, on n'arrive plus a la sortir !). Les jours se suivent et se ressemblent : une voiture s'arrete, et un homme nous propose : "j'ai une petite cahutte a 7 ou 8 km, je vais chercher les clefs, et je vous retrouve sur le bord de la route un peu plus loin". Ok, ca a l'air d'etre un bon plan. Sauf que jamais nous n'avons reussi a nous retrouver. Sommes-nous alles trop loin ? Trop lentement ? Trop vite ? Toujours est-il que la nuit va tomber et qu'il nous faut trouver un endroit. De l'autre cote de la route, un homme enturbanne dans son foulard noir et blanc nous regarde. Je vais a sa rencontre, et en 2 minutes... nous sommes invites a dormir dans ce que nous croyions etre sa maison. En fait, c'etait celle du beau-frere de sa femme, mais ca n'a pas vraiment d'importance ici. Le beauf en question (un prof encore !) sera juste un peu surpris a son arrivee, mais tres content de voir nos tetes de francais. Si nous avions eu l'habitude d'ingurgiter des quantites astronomiques de nourritures jusque la, dans cette famille nous avons battu tous les records. Fruits pour commencer (c'est l'habitude en Iran), poulet en veux-tu en voila, et une platree de riz de dingue ! Heureusement que nous mangeons par terre, ainsi, nous n'avons plus qu'a rouler pour atteindre les edredons qui nous servent de lit. La soiree se deroule pour le mieux, avec une bonne trentaine de gens qui passent voir les etrangers. Il nous est plus difficile de nous faire comprendre (personne d'anglophone), mais notre phrase book en Farsi nous sauve la mise. Et puis ils sont tres contents de nous voir barragouiner dans leur langue, et nous felicitent de nos (pourtant pas enromes) efforts.

Au petit-dej, dans la continuite de la veille, nous serons servis comme des ogres, avec ash (soupe aux lentilles vertes du Puy, euh non, pas du Puy...) et une autre assiette, sorte de soupe avec du ble et des morceaux de viande (voir les photos sur http://fr.pg.photos.yahoo.com/ph/fond374/album?.dir=ad07re2&.src=ph&store=&prodid=&.done=http%3a//fr.pg.photos.yahoo.com/ph/fond374/my_photos). Plus de la confiotte a la carotte, tout cela est tres bon pour ce que l'on a, mais definitivement, je deconseille a quiconque de visiter l'Iran autrement qu'a velo, sous peine de repartir avec une bonne dizaine de kg supllementaires (remarquez que ces kg la ne sont pas taxes par les compagnies aeriennes, alors finalement...).

Vent favorable, nous roulons pendant 5 heures pour 125 km, et rejoignons un nouveau village sans nom, dans lequel nous passerons la nuit dans une petite salle attenante a la mosquee, que les gens du village nous ont proposee. Ca tombe tres bien, nous souhaitons nous coucher tot, ce qui n'est pas possible dans les familles. Aussi, il nous faut preparer la suite, et c'est avec un grand plaisir que nous pouvons le faire, au calme. Dans le village, une petite echoppe confectionne de savoureux gateaux, type corne de gazelle. On s'en empiffre un bon kilo, et nous avons bien fait, car le lendemain matin, les fourmis auront pris possession des 5 derniers qui restaient. Par contre, depuis Espahan, nous ne retrouvons plus de Halva aussi bon, j'espere qu'on en aura a Bandar a Abbas !

Ca y est, nous arrivons a la fin de cet article qui me lessive, avec l'arrivee justement a Bandar e Langeh. Encore des paysages magnifiques, dignes de l'Islande, et un soleil toujours plus chaud. Ma montre indique 38 degres, en plein cagnard... Ce qui change ici, c'est qu'il n'y a plus que des Persans, mais aussi des Arabes, des Baloutches, des Africains... Du coup, suivant les communautes, les femmes s'habillent tres differement. Les tchadors tout noirs sont concurrences par des couches superposees de voiles multi-colores, et les hidjabs par des burqas vraiment speciales. Il s'agit de masques, en je-ne-sais-trop-quoi (acier, carton ?) qui recouvre le nez, les levres et une partie du front. Ca fait comme un masque quand on s'est casse le nez. Les femmes Arabes ont aussi parfois des voiles qui ne laissent visibles que leurs yeux. Meme si Langeh n'est pas reputee pour sa cuisine, nous y mangeons de bons poissons et crevettes, ainsi que des glaces a l'eau de rose. On a l'impression de manger une glace au loucoum, c'est rigolo... Langeh possede egalement des plages, qui pourraient etre belles, si elles n'etaient polluees par toutes sortes d'emballages en plastique. De toute maniere la baignade etant interdite, nous n'aurions pas pu en profiter, et nous preferons pique-niquer sur les plages desertes plutot que sur celles des villes...

Nous reprenons bientot la route pour Bandar e Abbas, l'animee...