Apres un peu plus de 2000 km de bus en 3 trajets depuis Bander-e-Abbas (Un bilan kilometrique depuis le debut du voyage sera publie aux alentours du 03/02/07, date de fin de notre premier semestre), il est enfin temps de reprendre nos habitudes, notre routine a nous si j'ose dire ! Pour notre plus grand plaisir, nous traversons les plaines de l'Indus dans la region du Punjab. Temperature clemente (20-25 la journee), palmiers dans les champs de ble ou de riz, la pollution est derriere nous, et nous respirons a plein poumon l'air du berceau d'une des plus anciennes civilisations de notre belle planete.
Generation spontannee
Les gens sont curieux, et nous creont des attroupements en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. 50 ou 100 personnes sortent de nulle part, generation spontannee, qui viennent s'agglutiner comme des abeilles autour d'un pot de miel. Certes notre velo est jaune, mais quand meme ! Chose etrange pour nous, ils n'ont rien a faire de notre monture, et ne s'interessent qu'a nous. Nous pouvons laisser le velo contre un arbre, charge, avec les casques et les gants accroches sur les guidons, personne n'y touche, ils n'ont d'yeux que pour nous... Ils nous observent d'abord en silence, avant de nous poser des questions.
"Desole les gars, on parl' pas Urdu, ou Punjabi, ou je ne sais quoi... On parl' anglais et accessoirement francais."
Il faut dire que depuis quelques semaines, nous enchainons les langues differentes, et nous ne savons plus trop qui parle quoi. D'autant qu'ici ce n'est pas simple, chaque region ayant au moins une langue, plus la langue commune (Urdu) plus ou moins acceptee, et l'anglais pour ceux qui sont alles a l'ecole un peu longtemps, c'est a dire pas grand monde. Le taux d'alphabetisation est bas, ce qui ne facilite rien. Mais nous trouvons tout le temps un bonhomme capable de s'exprimer dans la langue de Mr Bean (ouah la reference ! ben oui, mais ca fait moins pompeux que Shakespeare, non ?). Les policiers notamment parlent presque tous un anglais parfait.
Petit boui-boui
Les midis, nous nous arretons dans les villages, enfin c'est toujours pareil, un village pakistanais, c'est pas Saint Julien Molin Molette ni Saint Julien Molhesabate (hop hop hop, si vous ne connaissez pas, il vous faut revoir votre geo ligerienne !), ca grouille dans tous les sens, pour prendre un dejeuner. Nous choisissons toujours un endroit ou les marmittes mijotent depuis des heures, histoire de zigouiller les amibes et autres potentielles bestiolles mechantes pour notre tube digestif. Dans ces grosses marmites donc, bouillonnent des lentilles, des poids-chiches, des patates, toutes sortes de tres bonnes choses, et pas trop trop epicees. Enfin si, c'est tres epice, mais ca reste digerable. Ca pique les levres et la bouche, mais c'est supportable. Ce que nous decouvrirons un peu plus tard a nos depends, ce que ca pique tres tres fort... les fesses ! On se demande d'ailleurs comment c'est possible que ca pique si fort a l'autre bout des tuyaux... En general ca passe au bout de quelques minutes, mais il est tout de meme inevitable de faire les quelques premiers pas en canard ! Toujours est-il que la nourriture est delicieuse, et est servie avec des chapatis a volonte, qui servent a recueillir ce qu'il y a dans les assiettes, car il n'y a pas de couvert. Souvent, dans ces petites echopes, les tenanciers nous font payer le quart ou la moitie de ce que nous mangeons (c'est a dire vraiment pas grand chose) pour nous faire goutter un peu a tout. Le yaourt, en fin de repas, est tres apprecie pour apaiser le feu des epices. Le plus dur a chaque fois est de partir, car ils font des pieds et des mains pour que nous faire rester jusqu'au lendemain.
Droles d'invitations
Sur la route, nous sommes invites par des familles, comme tres souvent. Mais comme souvent egalement, des fois ca ne peut pas coller, a cause d'un eloignement trop important du lieu d'habitation ou parfois le contraire. Ainsi nous nous retrouvons un jour a courir apres la montre, jusqu'a une ville ou une famille nous attend. Plus tot dans l'apres-midi, elle nous avait dit qu'il ne restait plus que 25 km pour l'atteindre. Or c'etait en fait plus du double, et le soleil se couchait tout doucement. Nous sommes alors en rase campagne, avec peu d'eau, et pas encore tout a fait rassurer a camper n'importe ou dans ce pays. Et puis, nous tombons sur un poste de police de la route. Je vais les voir pour leur demander si nous pouvons planter la tente dans leur jardin... La reponse est negative... ils nous proposent la chambre du chef de brigade ! S'en suit une soiree une fois de plus inoubliable. Nous sommes recu comme des pachas, tout le monde se mettant en 4 pour nous. Ils iront meme a faire 60 km aller-retour pour aller nous chercher un exquis et gargantuesque repas, alors qu'ils ont un cuisto a temps complet au poste ! Nous blaguons et discuter une bonne partie de la soiree, avant de tomber de fatigue pour nous, et de partir au boulot pour eux.
Police 2eme
Le lendemain, ils nous escortent (contre notre gre) jusqu'a la fin de leur zone de patrouille, et nous laissent entre les mains de leur collegues. Le chef de ce poste dit a son adjoint en me regardant : "La France est un pays ami, nous pouvons les recevoir". Heureusement que nous ne sommes pas Indiens. 2eme nuit chez les flics, meme reception, meme si l'ambiance est un peu plus serieuse ici. Ce coup-ci c'est 80 km qu'ils feront pour notre diner, toujours aussi bon. Ils nous font aussi visiter la salle d'armes, avec les pistolets, et leurs 2 sortes de fusil.
"Ceux-ci ont une portee de 2 km, c'est ceux qu'on enmene avec nous en patrouille. Les autres ont 4 km de portee, mais nous les enmenons jamais, ou qu'en cas d'urgence."
Un peu plus tard, je vois devant la porte un brigadier avec le gros fusil, je demande au chef :
"Je croyais que vous ne les sortiez jamais ceux-ci ?
- Oui mais la c'est un cas exceptionnel, c'est pour votre securite !"
Ils n'en feraient pas un poil trop la ?? Bref, nouvelle excellente soiree, et encore aujourd'hui (presque 1 mois apres) nous correspondons par sms et par email. Le lendemain, le chef de brigade nous demande de rester, car la chef de district souhaite nous rencontrer. Il nous assure que nous serons partis a 9h00. Finalement nous pourrons mettre les voiles a 11h30. Ce qui est rigolo, c'est que un peu plus tard dans la journee, nous croiserons ladite chef sur la route, et elle nous invitera chez elle, a Okara. La suite au prochain article car j'en peux plus d'ecrire ca me fatigue la tete !