Nouvelle Frontiere (haha !)
Le passage de la frontiere se fait sans encombre, d'un cote comme de l'autre. En 1 heure a peine les formalites seront accomplies ; nous serons meme pris en photo par la douane pakistinaise, qui enregistre nos bouilles dans leur systeme. Il y a pas mal d'Afghans, dont 2 papys avec qui nous avons partage le pick-up de Zahedan a Mirjaveh pour reduire les frais. Mal traites en Iran, nous verrons ce qu'il en est de l'autre cote de la barriere.
Une fois encore, la frontiere nous fait passer d'un monde a un autre, sans transition, et c'est toujours tres etrange. Fini le routes goudronnees, les rayons des magasins remplis, les poubelles dans le villes, on a le sentiment de faire un saut dans le passe. Le physique des gens aussi change du tout au tout, il n'y a pas de doutes, nous venons bien d'entrer dans le "sous-continent". Tres vilain mot en francais d'ailleurs, qui donne un connotation plutot pejorative : on a l'impression que ca fait "sous-homme" ; en anglais, on dit "sub-continent", ce qui nous parait plus adequat.
La ville frontiere pakistanaise, Taftan, a, elle aussi, une reputation deplorable.
Nous trouvons en fait un petit bazar sympa, et y rencontrons des gens acceuillants qui nous proposent regulierement de venir boire une tasse de the. C'est ainsi que nous passons les 8 heures qui nous separent de notre nouveau trajet en bus, jusqu'a Quetta. Siroter du the en papotant avec des locaux sous un doux soleil... il n'y a pas de quoi s'alarmer. A noter, qu'a partir de maintenant, le the est noir, sucre, et servi avec du lait. Je ne cours pas apres, mais bon, ai-je vraiment le choix ??
Depart a 16h00, pour une nouvelle nuit dans le bus (ca fera 2 de suite), pour une arrivee prevue a Quetta vers 4h ou 5h du matin Inch Allah. Et ce coup ci, c'est pourquoi le "Inch Allah" ? "Ben de temps en temps, il y a des Talibans qui font des descentes (la route passe a quelques kilometres a peine de la frontiere), et arretent les bus. Ils cherchent principalement de l'argent, mais bon, ca n'arrive pas tous les jours" me glisse le patron de la compagnie... Nous voila rassures. Initialement, nous voulions prendre un train, que nous jugions plus sur, mais apres quelques recherches sur internet, nous nous sommes rendus compte qu'il avait ete arrete a plusieurs reprises pour causes d'attaques, un peu comme a Eldorado City (desole pour ceux qui ne connaissent pas Ensues!). Vu qu'il n'y en a que 2 par mois, des petits rigolos s'amusent a le faire derailler, ou a y envoyer des roquettes !
Dans le bus, toujours beaucoup d'Afghans, et une journaliste turque qui prepare un article sur nous, pour une revue pour jeunes adultes. Les routes sont particulierement mauvaises dans cette partie du Pakistan, appelee Balouchistan, et notre chauffeur nous fait quelques frayeurs. Un camion arrive en face, la route n'est pas assez large, mais nous roulons trop vite pour en sortir, nous risquerions de partir en vrille... Les klaxons hurlent, un coup dans le zig, un coup dans le zag, les 2 gros vehicules se frolent, mais ca passe, ouf ! "Aaaaaah !!" Y en a un autre derriere. Manoeuvre osee du chauffeur, personne ne sait vraiment comment s'est passe une nouvelle fois, mais tout le monde se regarde dans le bus, les yeux ecarquilles, et l'estomac dans les talons...
Il est vrai que nous aimons beaucoup l'asie : les gens, la culture, la cuisine, les fruits exotiques, les paysages, la nature, etc., mais il y a quelque chose que nous avons du mal a supporter : la musique. S'il y a vraiment un point commun a toute l'Asie, c'est cette maniere de chanter la haut, tout la haut dans les aigus, et ca casse la tete ! Et le gros probleme, c'est que dans les bus, ils la mettent a fond. C'est un vrai supplice (chinois pourrait-on dire), qui dure des heures, et qui empeche evidemment de dormir. S'en est douloureux. En plus, les melodies sont toutes identiques, et la recherche musicale, meme si je n'y connais pas grand chose, est bien loin du raffinement de leurs cultures.
Nous arrivons avec un bon mal de crane a Quetta a 4H30 du matin. Les gens, un peu agards, ne se pressent pas trop pour recuperer leurs bagages, sauf un des papys Afghans qui montent sur le toit du bus, et qui marche allegrement sur le velo couche sur le flanc. Je le choppe tres enerve par le col et lui fait comprendre qu'on n'est pas aux pieces, et que c'est un velo qui est sous ses pieds ! Mais c'est deja trop tard, le mal est fait, nous nous rendrons compte plus tard que le porte-bagage est tordu, mais surtout casse. Nous dechargeons le tout et devons suivre un taxi qui enmene des voyageurs dans un hotel du centre. Nous partons les premiers, et le taxi commence a klaxoner. "C'est bon mec, on sait que t'es derriere !". Il continue et amplifie meme ses coups de trompe. Oups, ici on roule a gauche ! Ben oui, mais a 5h00 du mat apres 2 nuits dans le bus, on n'a plus toute sa lucidite ! A peine a l'hotel, apres avoir aprement negocie le prix de la chambre, nous nous couchons pour une "sieste".
Quetta
Quetta est une ville a l'atmosphere etrange. Capitale du Baloutchistan, une des regions les plus pauvres du pays, elle comporte aussi beaucoup de Pashtuns. Dans la rue, on voit pas mal de bourqas Afghanes, les fameuses bleues avec le grillage. Ca tranche avec celles du Sud de l'Iran, meme si (et nous avions oublies de les mentionner avant) il y en avaient aussi la-bas de tres impressionnantes, en tissu brode de couleurs vives, qui recouvraient l'integralite du visage, avec juste de petites fentes horizontales pour les yeux. Precisons qu'elles n'etaient pas portees par les Perses, mais par les Arabes. Dans les rues, les Pahstuns, a la tres longue barbe, parfois orange car teintee au henne, se deplacent enturbannes et emmitouffles dans des sortes de couvertures qui servent a tout. Tapis de priere, tapis tout court pour se coucher dans le rue ou dans l'allee centrale du bus, mouchoir... multi-fonction quoi. Les visages sont fermes, mais nous allons vite comprendre pourquoi. Cependant, quand on leur sourit, tout se detend, et durant la journee, nous nous faisons souvent accostes par des quidams qui veulent simplement discuter. La nourriture est bonne, et dans les petites echopes, on trouve des mixtures de lentilles et de poids chiches, servis avec des delicieux chapatis (cuits au four tandoori) pour des sommes derisoires.
Les rues sont tres sales, et tout le monde y jete ces detritus. Il faut enjamber les amoncellement de dechet, dans lesquels vaches, chevres et moutons viennent "paturer". Ainsi, nous decouvrons que les vaches raffolent du carton mouille ! Quetta possede par contre un musee de geologie etonnant et passionnant. Gratuit (il n'a pas l'air d'etre pour autant pris d'assaut par la population), il renferme des collections impressionnantes de fossiles (certains ont plus de 500 millions d'annees !), de squelettes de dinosaures (dont une surprenante baleine a pattes et un herbivore d'une vingainte de metres), de pierres fluorescentes et phosphorescentes, et de mineraux provenant de toute la planete, avec en prime, leur utilisation dans l'industrie : lessives, detergents, crayons, processeurs, verre et beaucoup, beaucoup d'autres.
La nuit venue, pas besoin de compter les moutons pour rejoindre Morphee. Quelques heures plus tard cependant, nous sommes reveilles par une douzaine de coup de feu. Mais c'est le "quotidien de la nuit" ici, et le lendemain, nous apprendrons par le Balochistan Times que deux roquettes ont ete tirees, et qu'une descente des forces speciales pakistanaises a fait une quinzaine de morts du cote des Talibans. Ca avance, ca avance...