Afficher article  De Shiraz a Busher

Apres avoir fait proroge nos visas et envoye par la poste iranienne un tapis pour lequel nous avons craque, nous prenons tranquillement la route en debut d'apres-midi sous un beau soleil. Au fait, pour l'anecdote le colis envoye de Tashkent est bien arrive en evitant les controles douaniers ouzbeks pour les CDs et la tenture (voir article bureaucratie locale dans "ouzbekistan"). 15 km pour sortir de la ville, au  milieu d'une circulation cahotique, puis la route s'eleve. Nous partons de 1500m pour atteindre 2000 m en une quinzaine de kilometres. Vu notre heure tardive de depart, nous decidons de nous arreter apres 45 km. Nous sommes dans les montagnes et tout est recouvert de neige. Nous arrivons dans un premier village, mais nous le jugeons trop glauque pour y passer la nuit. Quelques kilometres plus loin, nous nous arretons devant un haut portail, la batisse ressemble plus ou moins a une ferme. Quelques poules et un gros chien se partagent un grand jardin, lui aussi enneige. Je vais voir, et pendant ce temps la, une voiture s'arrete au niveau de Stef. Un monsieur, qui nous avait double une bonne demi-heure auparavant, est alle jusqu'au village suivant pour nous acheter des gateaux et des boissons, et est revenu a notre niveau pour nous les offrir ! Il nous invite egalement a passer chez lui la nuit suivante, a Kazerun, beaucoup plus loin. La dame de la ferme nous accueille chaleureusement, et nous propose de dormir dans une petite salle. Il s'agit en fait d'une usine de thermoformage de plastique. Apres quelques mots echange autour d'un the, d'une omelette et de quelques chocolats, son mari (le proprietaire de l'usine) et elle insistent pour nous faire dormir chez eux, a Shiraz, a 60 km ! Le boss appelle son gendre a Teheran pour nous servir d'interprete. Nous hesitons du fait de l'heure et de la distance, mais la curiosite l'emporte, bamos a Shiraz, mais en auto !

Nous arrivons dans leur bel appartement, decore avec gout. Le mobilier est moderne et des gravures de cuivre ciselees representant des sujets zoroastriens (qu'un occidental mal reveille prendrait pour des decorations Egyptiennes) ornent les murs, si bien qu'on pourrait se croire en France. Nous qui pensions dormir au froid dans notre tente, nous nous retrouvons au chaud dans un cadre plutot luxieux. Nous parlons mi-farsi mi-anglais et arrivons bien a nous comprendre. Des l'entree dans l'appartement, Stef est invitee a oter son hidjab, comme le fait immediatement la maitresse de maison. L'ambiance est detendue et tout le monde est souriant. La soiree se terminera (tres tard pour nous, vers minuit) autour d'un succulent Khoresht e Bademjum (ragout de viande, d'aubergines et de tomates). Pendant ces quelques heures, nous avons ete completement integres a la famille...le fils de 22 ans n'hesitant pas a se trimballer en slip !

Le reste de la route pour rejoindre Busher merite vraiment le detour avec plusieurs cols a plus de 2200 m, malgre une circulation plutot dense et 4 tunnels plus ou moins angoissants. Les automobilistes rivalisent pour nous gater, nous avons ainsi recu en cadeau une K7 audio, du the (ils se baladent tous avec un thermos) et des arrosoirs en plastique !

 

Afficher article  Yazd, Espahan, Shiraz

Yazd

La ville de Yazd avec sa vieille ville historique, ses remparts en terre et ses tours du vent est d'une beaute surprenante. Les hauts minarets ainsi que l'etonnante architecture de l'ensemble Amir Chakhmaq contribuent a nous en mettre plein les yeux. Le centre de la vieille ville est compose de ruelles tortueuses a profusion, au detour desquelles on decouvre un monument, une batisse, un marchand, une mosquee ou un badgir. Il s'agit aussi d'un des hauts lieux du Zoroastrisme.

Qu'est ce qu'un badgir ?

Ces tours (voir photo) sont l'ancetre de la climatisation. Elles recueillent la brise et l'envoie a travers des conduits au coeur de la maison. En chemin, elle passe dans differents elements, notamment par un bassin rempli d'eau, qui en s'evaporant rafraichit l'air ambiant tandis que l'air chaud est renvoye a l'exterieur. On les appelle egalement tours du vent.

Le Zoroastrisme (voir article Gonur dans "Turkmenistan")

Cette religion est consideree comme la premiere monotheiste. Son fondateur Zoroastre (Zarathoustra) est ne aux alentours de 550 avant JC a Mazar-e-Sharif. Les fideles venerent le feu et entretiennent des flammes eternelles comme a Ateshkedeh dont la flamme sacree brulerait, sans discontinuer, depuis pres de 1600 ans. Parmi les croyances des Zoroastriens, il y a la purete des elements. Par exemple, ils n'enterrent pas leurs morts pour ne pas polluer la terre, mais ne les incinerent pas non plus, pour me pas polluer l'air. Qu'en font-ils alors ? Ils les placent dans des tours du silence (rien a voir avec les tours du vent !) et attendent des vautours qu'ils fassent leur boulot. Un pretre restait a proximite du corps pour voir quel oeil etait attaque en premier. Le droit, plutot bon signe : l'ame filait tout droit au paradis, le gauche promettait un avenir compromis. Depuis quelques annees deja, ces tours ne sont plus en service, et les croyants enterrent leurs morts dans des tombent recouvertes de beton pour ne pas contaminer le sol.

Parmi les autres croyances, il y a la dualite du bien et du mal, du bon du mauvais, qui se trouvent en nous a chaque instant. C'est une lutte permanente qui habitent tous les Hommes, qui ne sont jamais tout bon ou tout mauvais. Ceci se traduit par la representation du Favrashi aile (Sorte de pretre en contact avec Dieu), souvent grave en bas-relief (A Persepolis notamment), qui comporte trois niveaux sur ses ailes (bonne pensee, bonne parole, bon acte) et trois niveaux sur sa queue (Mauvaise pensee, mauvaise parole, mauvais acte). A noter, et c'est tres important, que les ailes sont plus longues que la queue, ce qui signifie qu'au bout du compte, le bien l'emportera sur le mal. Pas d'apocalypse, de fin du monde, ou autre terrible issue, enfin une religion qui donne une note d'obtimisme ! Il ne reste que peu d'ecrits de Zoroastre, l'Avesta etant l'ecrit sacre. Gonur a abrite une importante population Zoroastrienne.

Il n'y aurait plus que  150 000 Zoroastriens dans le monde et seuls 5 500 vivraient a Yazd.

NB : Les rois mages, mais vous le saviez j’en suis sur, etaient bien des zoroastriens !!!

Ispahan

Ville de 1 600 000 habitants, comptent de nombreuses et belles mosquees ainsi quelques jolis ponts. Ce qui caracterise le plus la cite est la place de l'Imam, dont les dimensions sont : 512 m de long par 163 m de large. Il s'agit tout simplement de la 2 eme plus grande place du monde apres...Tienanmen (Beijing). Elle se compose de 3 mosquees et un palais, le tout relie par des arcades sur deux niveaux.

On ne va pas vous decrire tous ces monuments grandioses, on mettra quelques photos en ligne. Par contre, nous avons retrouve Maud et Cyril, couple de voyageurs rencontre a Tashkent il y a 5 semaines. Apres une soiree et un petit dejeuner riches en anecdotes, nous les avons accompagne jusqu'a leur taxi, ou, pour leur dire au revoir nous leur avons fait la bise, en pleine rue ! Ce qui parait naturel pour nous, ne l'est pas pour les locaux... Et c'est les yeux ecarquilles qu'ils ont regarde ces embrassades entre occidentaux. Imaginez vous un homme qui fait une bise a une femme qui n'est pas de sa famille !!!

Il est difficile pour des novices comme nous de tout le temps respecter le code vestimentaire (Hidjab). Sans le faire expres, il est arrive une fois a Stef de le retirer en entrant dans la chambre de l'hotel et d'oublier de le remettre en sortant pour aller chercher la theiere... Ou encore, en montant dans un bus, alors qu'il pleuvait, Stef a enlever la capuche de son K-way emportant le foulard en meme temps. Je ne m'etais pas non plus rendu compte. Un homme, la voyant ainsi l'a demande quasi instantanement en mariage ! Et ses deux acolites etaient survoltes jusqu'a ce qu'on soit conscient de l'omission.

Shiraz

La profusion de monuments plus magnifiques les uns que les autres depuis un bon mois ainsi que les avis peu enthousiastes des personnes rencontrees, nous ont menes a Shiraz qu'avec peu d'entrain. C'est peut-etre honteux et on le regrettera dans quelques mois, mais nous sommes au bord de l'overdose de mosquees, de faiences et de minarets... Or, Shiraz, apres quelques deambulations, nous a seduits par son architecture differente, ses habitants detendus et agreables, et par ses 5 ou 6 degres de plus. Les palmiers, les mandariniers et un grand et beau soleil nous ont accueillis, mais c'est surtout la decouverte de 2 mausolees vraiment particuliers qui nous a charmes. Ces 2 mausolees, ou les non-musulmans doivent solliciter une autorisation speciale pour y penetrer, sont coiffes de coupoles en forme de bulbe. Les femmes doivent imperativement porter le tchador. Ainsi accoutres, nous avons pu entrer, mais chacun de notre cote, hommes et femmes etant separes. Et la, stupeur a l'interieur, le dome et les murs sont integralement recouverts d'une mosaique de miroirs. L'effet est a couper le souffle. C'est un des moments les plus forts depuis le debut du voyage, ce mausolee rempli de pelerins venus prier et pleurer sur la tombe de Sayyed Mir Ahmad.

 

 

Afficher article  Iraniens / Iraniennes

Voila ce que nous pouvons dire apres nos 10 premiers jours passes en Iran.

Les Iraniens

Idees recues : Ils detestent les occidentaux. Ils ont une grosse barbe, des tetes de tueurs. Ils sont intolerants. Ils meprisent les femmes et ne s'adressent jamais directement a elles. Ils sont fanatiques.

Ce que nous voyons : Ils adorent discuter et aider les occidentaux. Ils nous posent des questions sur notre style de vie, notre voyage etc... Ils s'assurent regulierement que nous n'avons besoin de rien et sont tres chaleureux, aussi bien avec les hommes que les femmes. Par contre, nous sommes souvent "scannes" de haut en bas, et on ne sait pas si ce n'est que de la curiosite... Tres peu portent la barbe, et meme s'ils sont tres pieux, ils tolerent les autres religions. Ils parlent parfois directement a Stef, surtout (evidemment) quand elle leur pose des questions. Ils ont l'air d'assez bien connaitre les moeurs de notre societe occidentale, bien plus que nous les leurs. La France, Chirac et Zidane sont particulierement bien vus, meme si certains insistent sur le fait qu'ils ont besoin de l'arme nucleaire, et meme si d'autres trouvent l'attitude de notre gouvernement trop tendre avec leurs dirigeants. Du coup, ceux-ci preferent la politique americaine, plus tranchante et opposee a leur regime. Ceux qui sont en accord avec le fonctionnement actuel de leur pays, aiment tout de meme bien les dollars, quelle ironie !

Les Iraniennes

Idees recues : Elles n'ont aucun droit. Elles baissent tout le temps les yeux et ne portent que le tchador. Elles ne parlent jamais aux hommes, et ne sont jamais en leur compagnie. Elles ne sourient jamais et sont dependantes de leur mari. La tenue reglementaire ne leur permet pas de montrer la moindre meche de cheveux, sinon coups de fouet. Le maquillage est proscrit. Elles ne travaillent pas et ont des postes a responsabilite limitee. Elles refusent d'etre prises en photo.

Ce que nous voyons : Elles cherchent a se rebeller (les jeunes bien sur) : les hidjabs sont portes a mi-tete, laissant apparaitre leur chevelure ainsi qu'un maquillage prononce. Elles me regardent souvent dans les yeux et n'hesitent pas a m'apostropher. Beaucoup se debrouillent en anglais, et font de hautes etudes. Elles (toujours les jeunes) sont extremement curieuses et n'hesitent pas a nous parler ouvertement de leur tenue imposee. Ici a Ispahan, les (jeunes, encore !) couples se donnent la main dans la rue. Elles sont tres souriantes, meme si les plus "anciennes" sont plus discretes et viennent moins spontanement a notre contact. On sent que l'effet de groupe les aide a s'affranchir de leur retenue. Elles aiment se faire photographier, ce qui n'est pas le cas des autres generations.

En revanche, elles ont toujours du mal a trouver des postes repondant a leur qualification, et il existe une grande discrimination au travail. De grandes inegalites subsistent et leur combat est loin d'etre termine.

 

Afficher article  Jusqu'a Mashhad, puis Yazd

Pour en revenir a notre arrivee en Iran, apres une premiere nuit a l'hotel, a Sarraks, pres de la frontiere, nous passons la seconde dans le caravenserail de Rubat Sharaf, une merveille, que nous avons gagne a velo. La route, plutot calme, nous a fait traverser un chouette desert (enfin, ca va qu'on est en hiver...), avec des falaises aux couleurs chatoyantes, de toute beaute. Le gardien a eu pitie de nous, et plutot que de nous laisser installer la tente, il nous a ouvert une piece du camp des archeologues. Il nous a egalement apporte un petit chauffage electrique, pour une nuit plus douce. Nous echangeons quelques mots autour d'un the, grace a notre phrase book, tres pratique.

Premiere veste

80 km plus loin, dans un petit village, le jour suivant, nous cherchons un endroit pour poser la tente. Il n'y en a que tres peu le long de cette route, et le suivant est trop loin pour pouvoir l'atteindre avant la nuit. Etant en confiance, vu ce que nous avons connu des pays precedents, ainsi du debut de l'Iran, nous decidons, cette fois, de frapper a la porte de la mosquee, plutot que chez l'habitant. Les mosquees sont censes trouver un petit bout de terrain pour accueillir le voyageur... Je m'avance doucement dans la cour deserte, Stef restant en retrait, ici, c'est "les hommes d'abord". Un jeune, tout de blanc vetu, se trouve pres des robinets des ablutions. Je m'approche, arme de mon guide de conversation en Farsi. J'essaie de lui expliquer ce que je veux : planter ma tente quelque part ou ca ne derange pas. Ce n'est pas de son ressort, et il appelle quelqu'un. En l'espace de quelques secondes, c'est l'invasion : des jeunes, des barbus, tous en blanc, curieux et plutot souriants. Je reitere ma demande, et ca discutte, ca blague, et je n'y comprends pas grand chose. Personne ne sait quoi dire. On sent bien qu'ils ont envie cependant, mais la barriere de la langue ne rend pas les choses aisees. Un jeune est parti chercher l'imam, mais pendant ce temps, un homme parlant un peu anglais (ouf) s'approche. Il me dit :
"Ici, c'est un lieu islamique, on ne peut vous laisser dormir"
Bon, ben ca a le merite d'etre clair... Pour la premiere fois depuis le debut de notre voyage, nous nous faisons refouler, ca fait bizarre. On ne sait pas ce qu'aurait dit l'imam, mais a partir du moment ou ca genait une personne, nous ne voulions plus rester. Tant pis, nous re-enfourchons le velo, et posons la tente quelques kilometres plus loin, entre des monticules de terre, bien caches et a l'ecart de la route. Il ne fait pas trop froid, et la nuit sera bonne, meme si des cris d'animaux sauvages nous ont reveille alors que nous nous etions a peine assoupis.

Mashhad et ses 12 000 000 de pelerins
Le lendemain, nous atteignons Mashhad, plus grande ville sainte d'Iran, comportant un immense sanctuaire. La ville de 3 000 000 d'habitants recoit la bagatelle de 12 000 000 de pelerins chaque annee !!
Des notre arrivee nous sommes pris en charge par des motards, qui nous indique la route jusqu'au centre, puis par 2 differents monsieurs, qui nous guideront (gracieusement) durant 2 jours. Le premier repetait sans cesse : "Ne vous inquietez pas, je suis marchand de tapis !" C'est marrant, c'est pas vraiment ce qu'on dirait en France pour mettre en confiance... C'est lui qui nous a conduit dans la petite maison de the, deguster un dizi. Le second, guide officiel l'ete, nous a conduit en voiture, dans sa vieille Paykan, au travers de la ville a la rencontre des sites les plus interessants. Vraiment accueillants ces Iraniens... Par contre, etant dans une ville sainte, et Stef ne portant pas le tchador, mais juste le hidjab (foulard), nous essuyons quelques regards reprobateurs, mais surtout de la curiosite. Nous entendons regulierement : "wellcome to Iran".

Mesquins chauffeurs
Ne pouvant pas, par manque de temps et aussi d'interet, traverser le desert separant Mashhad et Yazd, nous prenons un bus, pour ces 850 km. 18 heures de trajet. Une anecdote ? Le responsable de la societe de bus est un fan de velo. Il est trop content de nous voir arriver et de nous transporter. Il regarde le velo sous toutes ses coutures, les pedales auto, les selles, la suspension de la remorque... Il fait une presentation a ses collegues et en oublie ses clients. Il nous invite a reporter notre depart d'une journee et a passer la nuit chez lui. Nous declinons, par manque de temps. Nous chargeons le velo dans la soute et il me demande des sous pour le velo. On m'avait prevenu, donc ca ne me surprend pas. Cet argent n'est pas pour lui, mais pour les 3 chauffeurs. Il me dit : "combien tu peux donner ?".
Sachant que nous avons payer les places 70 000 (7 dolars) rials chacun, je propose de donner 30 000. Ca me parait correct. Probleme, les chauffeurs en veulent 100 000. Apres negociations, nous tombons d'accord pour 70 000, mais je vois bien que ca ne leur plait pas. Je m'assure aupres de notre nouvel ami que nous n'aurons pas de soucis et que tout est bien regle. "On s'est serre la main, et je les connais, il n'y aura pas de probleme. Par contre, si la police dit quelque chose, tu descends detendu du bus et tu montres les passeports". Je note quand meme son numero de telephone, au cas ou.
Ca n'a pas rate, apres une heure de route, controle de police. Je descends, le policier me regarde, me sourit et me fait signe de remonter, sans meme jeter un oeil aux passeports. Quelques minutes plus tard, un des chauffeurs m'appelle et sans me regarder me parle en farsi, je crois comprendre :
"Pour ton velo on a eu une amende de 110 000 rials, il faut donc que tu nous rembourses."

Oulala. J'en ai entendu des excuses bidons les lundis matin lorsque mes eleves n'avaient pas fait leurs devoirs, mais la, c'est pas mal non plus. Une amende pour le transport d'un velo en soute... Le fait qu'on ne parle pas la meme langue ne facilite rien. Il me tend un papier, toujours en farsi, sur lequel serait ecrit l'amende et le montant. Une jeune fille toute timide se propose pour me servir d'interprete. Elle me confirme que c'est bien une amende, de 110 000 rials, pour le velo. Je lui explique qu'il est hors de question que je paye quoi que ce soit, que j'ai deja donne 70 000 pour le velo, que c'est bien assez, et qu'on ne donne pas des amendes pour des motifs pareils. En plus, si j'ai une amende, je la paye comme un grand garcon au policier, pas au chauffeur de bus. Bref, je ne veux pas la mettre en porte a faux, d'autant que c'est une fille et que ce n'est pas facile pour elle de tenir tete aux chauffeurs. Nous remettons le probleme au lendemain matin. Arrives a Yazd, les loustics n'ont pas oublie, et me reclament les 110 000 rials. Nous souhaitons sortir le velo, le charger et appeler notre ami de la veille. Je sors les sacs, et quand Stef se saisit du velo, un des bonhommes l'arrete. Il veut garder le velo. Malheureusement pour lui, il a a faire a une occidentale qui ne compte pas se laisser marcher sur les pieds. Stef commence simplement a lui enlever sa montre :
"Tu prends mon velo, je prends ta montre !"
Eberlue, il nous laisse l'extirper de la soute et l'equiper, malgre quelques  reticences. Par contre, ils ne veulent pas que l'on appelle notre copain, a Mashhad. Un attroupement commence a se former, et nous leur demandons d'appeler la police. Ils font semblant de le faire. Sur ce, un homme parlant anglais arrive et me conseille de donner l'argent. Je refuse. Il propose de donner 60 000 et de partager l'amende... Bizarre, s'il y a vraiment faute, pourquoi partager. Il m'assure que si la police vient, nous devrons leur donner les 110 000 rials. Toujours pas de police, et je pars a la recherche de telephone dans la gare routiere, en leur disant que je vais joindre mon ambassade. Pendant ce temps, ils ont du prendre peur, et ont vraiment appeler les bleus, enfin ici, c'est les verts. La voiture arrive, et nous ne savons pas a quelle sauce nous allons etre manges. Ils descendent et se mettent au parfum de l'histoire avec la version des chauffeurs, car ils ne parlent pas anglais. Ca se corse. Ils reclament le PV. Voila maintenant que les 3 bonhommes nous accusent de l'avoir sur nous ?!? Ben, nan, desole... Apres 10 minutes, ils le retrouvent et le tendent a un des 2 agents, qui, apres 2 secondes de lecture nous dit :
"Allez, circulez, c'est bon".
Au final, ca devait surement etre une veritable amende, mais pas du tout en lien avec le velo. Si nous n'avons pas voulu lacher le morceau, c'etait pour le principe, pour la somme, mais aussi pour que ces gens comprennent qu'ils n'ont aucun interet a gruger les touristes. Ils ne feront que perdre leur temps. Plus les voyageurs tiendront tete, moins nous serons importunes. Merci la police !

Afficher article  Iran - Moyen Orient

Alors une des premieres choses qui nous est venue a l'esprit en passant la frontiere, c'est : sur quel continent sommes-nous ? Evidemment, nous ne sommes pas en Europe, quoique pas bien loin finalement, si on considere que la Turquie va rentrer dans l'UE, l'Iran, tout comme l'Irak sera a la frontiere. Pas en Afrique non plus, mais peut-on vraiment dire que les Iraniens sont des asiatiques ? Ils n'ont pas les yeux brides, ecrivent avec des symboles qui ne nous parlent pas beaucoup plus que les synogrammes certes, mais de la a dire que ca y ressemble... Non, l'Iran, c'est bien le Moyen Orient, et dans Moyen Orient, il y a Orient, donc nous sommes bien en Asie. D'ailleurs, les Jeux Asiatiques ont lieu en ce moment a Dubai je crois, et il s'agit de la plus grande manifestation sportive de la planete, avec 12000 athletes pendant 15 jours, plus que lors des Jeux Olympiques !

Apres quelques tours de pedale, on se rend compte que finalement, il y a des resseamblances physiques avec les voisins Pakistanais. Dans la nourriture egalement, avec de grandes consommation de riz. En fait, si j'ose dire, l'Iran a premiere vue a l'air d'etre un Maghreb Pakistanais  ... a confirmer cependant. (c'est juste un premier ressenti, que les linguistes et ethnologues ne me jetent pas la pierre...)

C'est marrant comme le fait de passer une ligne tracee par l'homme, les fait changer, ainsi que leur habitat et leurs habitudes, du tout au tout. C'est vraiment eberluant ! Des exemples ? Alors qu'il ny a aucune voiture francaise en Asie Centrale, ici Renault, mais surtout Peugeot sont tres presents, avec des modeles anciens (404), mais aussi recents (206). Les radiateurs sont identiques a ceux de chez nous, et ne sont plus des tuyaux aux rendements catastrophiques des sovietiques. Les toilettes sont toutes "a la turque". Sans oublier les gens eux-memes ! Comme si il n'y avait aucun melange entre l'Asie Centrale et l'Iran ! Et aussi le code vestimentaire, evidemment, l'immense majorite des femmes portant de Tchador (litteralement : tente) ample voile noir dans lequel elles s'enroulent, et qu'elles maintiennent avec les mains ou les dents.

Sur la route egalement, nous notons, sur ces premiers kilometres des differences notoires. Tout comme en Asie Centrale, nous sommes mitrailles de photos et de films (au fait vous avait-on dit que la tele Ouzbek a fait un petit reportage sur nous ??) avec toutes sortes d'appareils, allant du portable au camescope en passant par les appareils photos numeriques et de vieux argentiques datant de Champolion et de sa pierre de rosette ; mais le changement vient du fait que l'on nous demande notre autoristation 1 fois sur 2, alors que, auparavant, c'etait plutot dans les 1 fois sur 1000. En gros, on nous avait demande 2 fois en 4 mois...

On a l'impression qu'il y a, d'une maniere generale, plus de respect, de nous, mais surtout du materiel. Ils touchent moins, tout en etant aussi curieux, mais ont le meme concept de propriete des biens et aussi de l'intimite : ils ne vont pas nous suivre jusqu'aux toilettes pour voir ce qu'on va y faire. Enfin, ca reste l'Asie tout de meme, n'exagerons rien. Chose agreable egalement, nous avons ete escorte dans toutes les villes dans lesquelles nous sommes arrives. Toujours une voiture ou une moto pour nous indique la route a suivre. Nous recevons egalement toujours autant de petites attentions, fruits, bonbons, biscuits... D'ailleurs, les clementines et les oranges prennent peu a peu la place des kakis et des grenades, et sont exquises, ainsi que les grosses dates noires de Bam.

En ce qui concerne la nourriture, nous avons deja pu experimenter quelques delicieuses specialites, comme le fesenjun (de la viande cuite dans une sauce a la grenade, accompagne de riz safrane), ou encore l'abghust, qu'un monsieur retraite, qui nous a pris sous son aile a Mashhad, nous a fait decouvrir dans une maison de the dans laquelle nous ne serions jamais rentres. D'abord, il fallait la trouver, dans un dedalle de petites ruelles. Ensuite, ca avait l'air un peu crado, en plus d'etre minuscule, et enfin, a l'interieur, ne siegeaient que des hommes. Il nous indique le chemin, et nous garantie la nourriture. Nous recevons chacun 1 grand pain plat, tout chaud, avec dans des gamelles hors-d'age, un ragout d'agneau. Dans un premier temps, on sort le morceau de graisse qui a bouilli de heures durant, et on l'ecrase a l'aide d'un pilon a base circulaire, mais plane. On emiette alors une grande partie du pain, que l'on melange au bouillon du ragout. On obtient des delicieux morceaux de pain gorges du jus des legumes et de la viande. Une fois termine, on vide le restant du pot, c'est a dire les morceaux d'agneau, les pommes de terre et les poids chiches, et on ecrase le tout a nouveau. Un regal. Ceci est servi avec du fromage blanc et du the, bien sur.

Il nous reste tant a decouvrir dans ce pays... que nous vous laissons, les mosquees, coupoles et badgirs de Yazd nous attendent.


Afficher article  Gonur et Merv

Gonur

Situe a plus de 60 km de Mary (au Turkmenistan), en plein desert du Karakoum, le site de Gonur etait longe a l'epoque par la riviere Mourgab. C'est evidemment la raison pour laquelle, cette cite a vu le jour a cet endroit. Les migrants de l'epoque ont trouve les conditions necessaires pour s'y etablir. Depuis, le lit de la riviere s'est deplace de plusieurs dizaines de kilometres, et les populations l'ayant suivi, il n'y a plus personne aux alentours.

L'excursion requiert un 4x4, pour passer les pistes sablonneuses qui menent au site. Notre guide nous souligne au passage, qu'il y a 30 ans a peine, il n'y avait strictement rien. Mais certains politiques ont eu la riche idee de developper la culture du coton, en prelevant l'eau de l'Amou  daria, a l'aide du plus grand canal du monde, le canal du Karakoum, quelques 1500 km en plein desert. Il va sans dire que cette irrigation contribue a l'assechement de la Mer d'Aral (cf photos et articles, rubriques Ouzbekistan).

C'est en 1972 que l'archeologue Greco-Russe Viktor Sarianidi commence les escavations de la capitale perdue de l'oasis de Gonur. Ces dernieres constituent le plus vaste chantier de fouilles du Moyen Orient et Gonur serait considere comme la 5eme grande civilisation antique avec celles de l'Egypte, de la Mesopotamie, de la Chine et de l'Inde. Actuellement, tous les scientifiques ne sont pas d'accord pour accepter cette idee, mais comme chaque grande decouverte, il faut du temps a l'establishment pour reconnaitre le travail d'un confrere. A noter, pour les parisiens, que le 15 decembre 2006 au Louvre a 12h30 (a l'auditorium, acces par la pyramide), Viktor Sarianidi en personne, tiendra une conference sur les fouilles et les dernieres decouvertes ! Allez-y, vous ne le regretterez pas !

Ce qui est incroyable dans la decouverte de Sarianidi, c'est que, soit il a eu un bol monstrueux, soit il a un flair a faire palir Hercule Poirot et Colombo reunis. Imaginez-vous un desert. Immense. Un desert brulant et hostile, au milieu d'un pays pas beaucoup plus accueillant. Certes, il savait que de l'eau avait coule dans le coin quelques millenaires plus tot, mais de la a aller chercher les vestiges d'une des plus grandes civilisations de tous les temps, a 3 metres sous terre au milieu de nulle part ! En plus, il fallait avoir le courage, les conditions d'acces dans les annees 70, et de vie a ces latitudes, etaient, pour le moins, excecrables. Il est venu, il a creusu, il a trouvu. Je ne sais pas si nous sommes assez clair pour presenter son exploit, mais il s'agit d'une des plus grandes decouvertes archeologiques de tous les temps.

Quelques elements : Gonur fut le centre d'une des plus anciennes civilisations celebrant le culte du feu (comme a Bactriane en Afghanistan).

Pour Sarianidi c'est a Gonur que serait nee la premiere religion monoteiste : le zoroastrisme. Quatre temples du feu ont ete exhumes. Certains restes sur des ceramiques ont fait apparaitre un rite base sur une potion hallucinatoire composee de pavot, de haschich, de lait et d'ephedra. Un truc que quand t'en bois un peu, tu dois planner beaucoup...

Quelques parties ont ete restaurees comme le palais royal. Il est constitue de grandes salles, decorees de colonnes et de renfoncements dont les angles sont formes "d'autres angles" caracteristiques de cette cite. Dans ces derniers etaient certainement disposes des statues ou autres vases.

Cette civilisation produisait de grandes poteries, mais aussi de petites poteries ou ivoire finement decores. Ils maitrisaient parfaitement l'art de la ceramique, et en produisaient des quantites astromiques, aux formes parfaites (bien plus belles que celles retrouves sur le site medieval de Merv, 3000 ans plus tard) et aux couleurs vives.

La ville comportait un systeme d'irrigation a en rendre ridicule les villes actuelles d'Asie Centrale, ainsi que de bassins de purification d'eau.

Aussi, ils faisaient cuir la viande sans que les flammes viennent toucher le sang de l'animal (rite Zoroastrien). Pour cela (voir photos), ils utilisaient un double four, alimente par le bois d'un arbre a haut pouvoir calorifique (on donnera le nom, que nous avons oublie, quand on aura entre les mains le papier sur lequel on l'a note!)

Les fouilles ont permis de remonter jusqu'a 3 000 av. JC.

Merv

Le site est immense, etendu sur 100km2, il est classe au patrimoine mondial de l'Unesco.

On le nomme egalement Margouch ou Margiane.

A l'epoque des perses Sassanides, les boudhistes, les chretiens, et les zoroastriens cohabitaient en paix dans cette oasis. C'est d'ailleurs le point le plus occidental de "l'expansion" boudhiste, si on peut employer ce terme.

En 1218, Gengis Khan avait exige de la cite de lui offrir ses plus belles femmes et une dime exhorbitante sur les cereales. Les Seldjoukides refuserent. Erreur fatale ! En effet, un des fils de Gengis Khan, Tolui (repute pour sa brutalite), se presenta 3 ans plus tard avec son armee mongole. Chaque soldat avait comme devoir de decapiter 300 a 400 citoyens, rien que ca. Probablement 1 million de personnes perirent lors de ce massacre. La cite fut mise a sac et seuls quelques uns des plus somptueux monuments furent epargnes, comme le mausolee du Sultan Sanjar.


En conclusion...

Le site qui nous a le plus plu est celui de Gonur, de part sa situation geographique (en plein desert) et de part sa recente decouverte et des avancees des recherches. On s'imagine egalement tres bien, sur ce site charge en emotion, la citadelle, il y a quelque 5000 ans, et ses habitants deambulants dans les ruelles. La un marchand, ici un potier, et les chefs religieux en transe buvant de leur potion a faire rire un parisien dans un embouteillage. Une des dernieres decouvertes est une tombe dans laquelle ont ete retrouves des ossements de cheval. Malheureusement le site est tres peu protege des intemperies et des rares visiteurs (surement par manque de moyens) : nous avons le droit de marche n'importe ou (alors que les murs sont composes de pise), des ossements de chiens de l'epoque restent a l'air libre et du coup se cassent avec le temps...

A noter que le site recoit vraiment peu de visiteurs, vu, deja, le pays dans lequel il se trouve, et vu la difficulte pour l'atteindre.

C'est etonnant ce que l'homme savait deja faire a cette periode ! Et certains devraient venir faire un petit tour et prendre quelques idees.


Afficher article  Le Turkmenistan

Apres les merveilleuses "villes de la soie" de l'Ouzbekistan, nous avons mis cap sur le Turkmenistan. Oui, je sais, le Turkmenistan fait partie des pays dont on ne connait aboslument rien… Alors pour planter le décor, il s'agit d'une des pires dictatures de notre belle planete. Les opposants au regime ont tous (bizarement) disparus, et le president, Niazov, gere d'une main de fer cette ex-republique sovietique. Tous les medias sont bien sur controles et chaque journal doit, lors de chaque edition, mettre 2 ou 3 pages d'articles venerant leur chef, avec, en prime pour le meme prix, une photo pleine page tout sourire... Il en est de meme pour les chaines de television, ennuyeuses au possible.

Il y a quelques annees, il a essuye un attentat a la mitrailleuse, sans degat... pour lui. Il en a profite pour durcir encore un peu plus ses regles. Beaucoup d'observateurs pensent qu'il a commandite lui-meme, comme un grand, cet attentat manque pour justifier sa repression. Des micros sont dissimules dans les hotels et les restaurants pour touristes, nous sommes prevenus, nous utiliserons, pour parler des choses sensibles, notre accent Stephanois, que seuls les inities peuvent dechiffrer !

Apres cette breve desciption, vous en savez autant que nous sur ledit pays. Nous passons notre derniere nuit sur le sol Ouzbek dans un hotel sans eau ni toilettes, mais pas cher, mon frere, 2 Euros la nuit, pour 2 matelas et un tout petit peu de chauffage (12 degres dans la chambre). Reveil a 6H00 et depart a la premiere lueur de l'aube. 30 km nous separent de la frontiere, que nous souhaitons atteindre pour l'ouverture. Il fait bien froid encore ce matin. Nous rejoignons le "bout du pays", et voici comment se deroule un passage de frontiere en Asie Centrale :

Premiere barriere, un militaire nous demande nos passeports. OK. Nous faisons 2 metres, 2eme controle. 10 metres de plus, 3eme controle. Ensuite, je monte dans une cahutte. La, un militaire inspecte tous les enregistrements de nos nuits en guest house, pour s'assurer que... ben je sais pas en fait. Heureusement, il n'est pas bien reveille, et ne se rend meme pas compte de nos nombreux "trous" dans les dates, vu nos nuits en camping ou chez l'habitant. Il me dit de circuler. Nous passons au poste suivant, mais  nous nous faisons rappeler. Il faut repasser a la declaration ! Blablabla, remplir des papiers en russe, se faire enregistrer une fois de plus sur des cahiers ecrits a la main, et ce coup-ci, c'est bon. Nous ressortons, 1, 2 puis 3 controles de passeport en 5 metres, avant d'entrer dans un nouveau batiment, pour avoir le tampon de sortie. La dame devant moi s'est fait vider tous ses sacs, gloups, pourvu que ca ne nous arrive pas. La douaniere me regarde, et me demande ou est Stef (je lui presente les 2 passeports). Il faut qu'elle vienne, et donc laisser le velo dehors. Pour rompre la glace, je lui dit : "il fait froid, hein !" (les bureaux ne sont pas chauffes). Elle me repond froncant les sourcils : "Et en France, il fait pas froid !?!". "Euh, si si, meme beaucoup plus froid qu'ici, et puis il pleut beaucoup, bouh lala". Cette phrase a l'air de mieux lui aller, tant mieux, 2 coups de tampons et nous foncons vers le Turkmenistan.

Alors le probleme ici, c'est que l'Iran importe pas mal de choses de l'Ouzbekistan, qu'entre les deux pays, ben il y a le Turkmenistan, qui ne se laisse pas traverser comme ca. Les routiers doivent se munir de nombreux papiers et autorisations, et la queue a la frontiere est consequente. Je me mets dedans, et deja, apres quelques mots, nous sommes invites par l'un d'eux a Mashhad. Ca n'a pas traine ! Voyant que la file ne diminuait pas tres vite, je m'avance vers un jeune militaire, et lui explique que nous sommes en velo, et que nous ne pouvons pas rouler de nuit... Les routiers me proposent aussi de leur passer devant, et en 1/4 d'heure, nous sommes devant les douaniers pour nous enregistrer. Alors premier guichet, on donne les passeports, pour etre rentre sur les ordis. Ensuite, guichet numero 3 pour la declaration, puis guichet numero 2, pour payer une taxe quelconque de dix dollars, puis re-guichet numero 1 pour montrer nos papiers des precedents, et recuperer passeports et coups de tampons. Ouf, c'est fait. Sauf que le jeune qui m'a fait entrer me dit :

"Vous pouvez y aller, mais vous n'avez le droit de sortir que par ce couloir".

Or le velo est dehors, lui.

"Vous devez faire passer le velo par la.

- C'est une blague ?

- Non non. Les regles sont les regles et ce n'est pas moi qui les ai faites", dit-il en se marrant.

Allez, c'est parti, et que je te monte les escaliers avec le velo, esquinte 2 ou 3 pekins dans l'etroit couloir a grand coup de guidon et de poignees de freins, mais le tout dans la bonne humeur et les rires des uns et des autres. A noter que les douaniers Turkmenes parlaient tous un bon anglais, suffisamment rare pour etre souligne !

 

Nous voila donc cheveux au vent dans le desert turkmene. Nous gagnons Turkmenabat, ou nous voulons prendre dans la foulee, un taxi pour Mary, a 250 km. Nous n'avons en effet qu'un visa de transit, et impossible de parcourir les 600 km en 4 jours, d'autant que nous souhaitons egalement visiter. Les tarifs commencent a 100 dollars la course. Nous eclatons de rire. Pof, ca tombe a 50. C'est encore beaucoup trop monsieur. Nous tombons finalement d'accord pour 15 dollars US, ce qui est bien paye pour lui, et ok pour nous, d'autant que nous occupons le mini-bus tout entier avec le velo, la remorque, les bagages et nos 2 carcasses.

 

Nous sommes dans notre taxi, et prenons le temps de nous rememorer tout ce qui s'est passe ce matin. Il y a une autre chose vraiment etonnante ici, c'est la monnaie, appelee Manat. Le cours officiel est de 5750 Manats pour un dollar, environ. Ca, c'est le cours que l'on a si on va dans une banque. Sauf que, au marche noir, pour 1 dollar, on recupere jusqu'a 24 000 Manats !!! Incroyable. Lors de notre entree sur le territoire, par exemple, la taxe de 10 dollars, correspondait a 57 500 Manats, mais bien sur, nous n'avions pas le droit de payer en Manats... Au marche noir, les "changeurs" essaient toujours a des taux tres bas au debut, environ 15 000 Manats, et il faut negocier ferme pour obtenir le bon taux.

Nous arrivons a Mary en plein coeur du pays et nous prenons peur en voyant la tete de Niazov placardee sur tous les murs. Il fait nuit et les lumieres qui eclairent son visage rendent la scene encore plus glauque. La ville est composee de places immenses et pleines de vide, au milieu desquelles tronent souvent des statues de... Niazov. Il est deja tard mais nous avons ete efficace sur cette journee : 70 km de velo, un passage de frontiere et 250 km de voiture. Il nous faut trouver un hotel a la hate, et le choix est plus que limite : hotels de luxe a plus de 50 $ la nuit, ou un vieil hotel de l'Intourist sovietique sans chauffage et avec de l'eau chaude de 21h30 a minuit.Ce charmand etablissement decrepi ne propose cependant rien a moins de 30 $. Enervant. Nous partons a la recherche de quelque nourriture pour nous remplir l'estomac, mais n'avons pas la force d'aller trop loin. Nous trouvons une petite table, sur laquelle nous partageons une mauvaise soupe avec quelques cafards.

 

Pas vraiment repus, nous rentrons a l'hotel pour devorer nos kakis et grenades restants. La receptionniste, sympa et ouverte, nous prete son telephone, afin que nous joignions Yevgenia, ancienne conservatrce du musee de Mary et guide reconnue, specialisee sur les sites medieval de Merv et antique de Gonur. Un article sera publie pour les decrire un peu plus en detail. Par la meme occasion, Yvevgenia nous degota un super hotel bon marche un peu a l'ecart du centre.

Le lendemain de l'excursion, il est temps pour nous de gagner l'Iran. Encore un peu de taxi (nous avons engage le meme chauffeur que la veille a Merv et Gonur) et quelques kilometres a velo pour atteindre la frontiere. Cote Turkmene, les choses se sont vite compliquees. Des la premiere cahutte, les 2 jeunes soldats et leur chef nous harcelent de questions, pas toutes en lien avec des formalites douanieres. Au bout d'une demi heure, nous commencons a monter en pression. Il nous faut passer les barrages au plus vite, pour pouvoir gagner Sarraks en Iran avant la nuit. Nous finissons par etre autorises a avancer vers des bureaux. 2 ou 3 routiers Russes nous aident a remplir un formulaire, et une fois de plus, nous nous inserrons dans une queue. Un subalterne nous demande nos passeports. Il prend celui de Stef, et tourne les pages sans trouver le visa Turkmene ni la page avec les civilites. Pour ne pas paraitre ridicule, il reste bloque sur un vieux visa du Laos. Pendant ce temps la, un Iranien lambda, s'est saisi du mien et commence a le feuilleter, a l'aise. Stef lui dit :

"T'es de la police ?"

Le bonhomme hoche les epaules, sourit et continue. D'un geste decide, Stef lui prend le passeport et le pose devant le douanier. Nous sommes en train de froler l'incident diplomatique : une femme qui tient tete et donne des ordres a un homme Iranien ! Il se mord le coin droit de levre inferieur, les yeux exorbites, et nous pouvons meme voir de la fumee sortir de ses oreilles. Que va -t-il se passer ?? Heureusement, nous sommes encore du cote Turkmene et l'atmosphere s'apaisera d'elle-meme. Un quart d'heure plus tard, nous passons devant un officier, qui nous demande de faire une declaration de sortie. On frole le ridicule, vu que nous n'en avions pas fait pour rentrer. Il nous demande ainsi a voir nos appareils photos, bagages et a declarer nos dollars. Il doit nous manquer une bonne poignee de neurones pour en comprendre l'utilite. Bref, on vous passe encore d'autres peripeties, avant de passer au guichet pour obtenir le tampon de sortie. Le gars met encore un quart d'heure pour l'appliquer, et nous bouillonnons, d'autant qu'un sous-fifre demande a Stef de ranger le velo toute seule et devoir, pour cela, passer un trottoir. Je l'entends appeler au secours et cours la rejoindre. Les douaniers ne veulent pas me laisser sortir, mais je ne leur en laisse pas le choix. Le velo gare, je retourne au guichet tampon, et on me demande qu'est ce qui arrive. Tres enerve, je m'emporte et crie dans cette petite enceinte qui resonne beaucoup. Du coup, le tampon sur le passeport de Stef prendra bien en tout une bonne dizaine de secondes ! Et zou, c'est parti, direction l'Iran.

.Tout se passe bien plus vite, dans une atmosphere tres detendue

La premiere chose qui nous surprend, c'est la couleur de leurs yeux. Vert jaune et profonds, impressionnant ! Et aussi bien chez les filles que chez les garcons ! La seconde, c'est la langue. Betement nous leur parlons en Russe et

ca fait bizarre de me plus rien comprendre a ce que nous

baragouinent nos interlocuteurs

 

 

NB : un petit mot sur la presentation de cet article... Il manque certains signent de ponctuation, et les debuts de phrases ne sont pas alignes, a cause de notre clavier en ... Farsi ! Comme ils ecrivent de la droite vers la gauche, il est assez difficile de dire au PC ou est-ce que l'on veut mettre les points, les espaces etc... Aussi, quand on appuie sur la fleche de droite le curseur va a gauche, et quand on appuie sur "home", le curseur va a la fin de la phrase... vraiment troublant, bien pire que le cyrillique. Et desole aussi pour la taille de la police, mais je suis en tain de devenir fou avec ces ordis en Farsi   ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

Afficher article  Samarcande - Boukhara
Apres avoir pris le copieux petit dejeuner de la guest house en compagnie des autres voyageurs, il etait temps pour nous de mettre les voiles. Seance photos, comme d'habitude, le tandem fait un effet boeuf. Clic clac, les japonais nous prennent sous toutes les coutures. Ca rigole et ca blague autour du velo.
Il fait froid, et nous apprecions les gants degottes au basard de Chorsu a Tashkent. On ne sait pas trop s'ils sont neufs ou d'occas, ils ont l'air tout vieillot, mais leur fonction premiere de nous rechauffer les paluches est bien celle qui nous preoccupe, peu importe les couleurs. Nous en n'avions trouvees que deux paires, apres maintes incursions dans les etals, et peu de choix donc pour les tailles. Ceux de Stef sont immenses, mais a l'arriere, sur le velo, ce n'est pas plus mal car elle peut s'en servir de moufle. Les miens me vont a peu pres, et nous gardons nos gants en laine en dessous. Pour sortir de la ville, comme les fois precedentes, nous utilisons la technique des trois avis identiques pour nous decider. Moments caucasses, mais nous y sommes accoutumes :
"Boukhara, c'est par la ?
- Non, ici c'est Samarcande."
Parfois les jours se suivent et se ressemblent !
Apres quatre heures et demi de selle, nous nous arretons dans une ville dont nous avons mange le nom (bouh...), ou nous savons qu'il y a un hotel. Nous voudrions eviter de dormir dans la tente, il fait trop froid, et le lendemain c'est trop dur de sortir du duvet pour mettre des affaires de velo gelees. Et surtout, il est difficile, avec l'effort, de rester dehors 24h/24.
Apres 10 km supplementaires de "promenades" dans la ville pour trouver ce fichu hotel, Stef saute pour demander s'il y a une chambre de dispo et les tarifs. La receptionniste, peu gracieuse, les cheveux electriques et les lunettes sur le bout du nez, lui tend une des etiquettes qu'elle a disposees devant elle. Ces etiquettes ressemblent aux petits morceaux de papier cartonne des parfumeries, sur lesquelles elle a inscrit les prix. 24$ ! mauvaise pioche ! Il va falloir faire un effort... Deuxieme tirage : 20$, c'est toujours trop cher madame, allez encore un effort. Stef monte dans les chambres pour voir a quoi ca ressemble. C'est pas terrible, et en plus il n'y a pas d'eau chaude. Entre temps, des Ouzbeks sont arrives, et payent la chambre 2 Euros... Hum... pour nous c'est 20$ (en plus sans eau chaude) et pour eux 2 Euros ?? Allez, au revoir ! Il faut quand meme pas pousser memere dans les orties !! On trouvera bien quelque chose d'autre, au pire on a la tente.
En ressortant de la ville, des jeunes essaient de nous viser avec des boules de neige... sympa. Un peu plus loin, d'autres nous montrent le ciel avec le plus grand de leur doigt... ils sont marteau ici ou quoi ?? C'est dingue, et ca nous l'avons remarque deja depuis quelque temps, comme d'une region a l'autre et meme d'une ville a l'autre, le comportement general des gens peut s'inverser... Mais c'est bien la meme chose chez nous, alors nous prenons notre mal en patience et faisons quelques km supplementaires pour quitter cette ville de cingles. Mais il nous faut nous depecher, la nuit tombe. Nous passons devant une chaikhana, au bord de la route. Nous nous arretons et Stef va voir la jeune fille qui vend des babioles et des en-cas dans sa glaciale cahutte.
"Bonsoir, connaissez-vous un endroit ou nous pourrions poser notre tente pour la nuit ? un endroit a l'abris de preference ?"
Alors, en fait, traduit directement du Russe ca donnerait plutot :
"Bonjour, s'il vous plait, excusez-moi, avons tente, ou est pour la nuit ? il fait froid."
La jeune fille nous montre instantanement une piece, a cote du restaurant de son beau-pere, et nous propose d'y passer la nuit. Il s'agit tout simplement de l'endroit ou la famille dort, en compagnie de quatre congelateurs remplis de mouton. La piece nous parait bouillante (il n'y fait que 12* en fait, mais quand on vient de dehors, ca parait tres chaud), et nous sommes meme autorises a y mettre le velo. Ca sent un melange de poissons, de mouton set de cigarettes, mais nous nous y faisons tres vite, d'autant qu'avec tous les va-et-vient des curieux qui nous rendent visite, la porte souvent ouverte, permettra d'aerer le tout.
Dans le restaurant tenu par la sympathique famille, on ne mange que du poisson. Ce sont des enormes poissons d'eau douce (voir photos), frits a l'huile, accompagnes d'herbe et de plantes aromatiques. Nous en commandons 500 g et nous regalons. The et pain agrementeront notre repas. Vers 19H30, nous allons nous coucher, dans la tiedeur de la piece. Au bord de la route, avec des fenetres qui ne ferment pas vraiment, nous entendons les camions passer, mais pas longtemps, le marchand de sable avec son enorme brouette venant nous rendre visite tres vite...
Le lendemain, nous discutons encore un peu avec nos hotes d'un soir, petite seance photo. Il a neige pendant la nuit, et il neige encore. Ils ne veulent pas nous laisser partir. Ils nous disent que ca ne va pas s'arreter, etc. etc., mais nous ne voulons pas perdre une journee de plus, surtout ici, ou il n'y a rien a faire. Nous enfourchons le tandem, et partons en direction de Navoyi. La neige tombe d'abord drue, avant de se calmer. Probleme : la neige qui fond sur la route sous les roues des vehicules nous est projettee en gadoue et vient se coller de partout sur le cadre du velo qui est tres froid. Ca fait une nouvelle deco, bien lourde. Tous les tubes se recouvrent d'une epaisse couche de glace. Les plateaux du pedalier et les pignons subissent le meme sort (cf photos), et du coup, nous ne pouvons plus changer les vitesses : dur dur ! Les garde-boues se remplissent et bientot la glace frotte en continue sur les pneus. Evidemment, tous nos bidons sont geles et nous ne pouvons plus boire. Nous n'avons d'autres choix que de nous arreter, il est a peine 11h30. Nous nous posons dans une chaikhana, pour boire un the (vraiment pas bon, l'eau a le gout de poisson) et manger un morceau de pain avec du sucre candy. L'autre option etait de manger une assiette de mouton, mais, vraiment, nous ne nous en sentions pas le courage. Pain et sucre nous suffiront. Nous demandons une theiere d'eau chaude, et preparons une mixture pour faire fondre la glace qui emprisonne notre transmission. Aussi tot fait nous nous remettons en route. Le froid nous pique un peu : pour ne pas transpirer une fois chaud, nous nous habillons peu (je ne porte par exemple qu'un t-shirt a manche longue sous mon coupe-vent, meme lorsqu'il fait -10*), mais du coup, les demarrages sont difficiles !
En chemin, une voiture se gare et nous fait signe de nous arreter. Une Mamie, assise sur la banquette arriere, s'excuse de nous "deranger" et nous tend du pain et des abricots secs. Un peu plus loin, un Papy russe, qui roulait dans l'autre sens, fait de meme. Il veut nous inviter a prendre le the et a manger. Nous declinons en expliquant que nous devons rouler pour rejoindre Boukhara le lendemain. Une petite heure plus tard, le meme Papy, cette fois-ci de notre cote de la route, nous oblige a le suivre dans un petit restaurant. On lui dit "ok, mais juste un the, et 5 minutes..." Il acquiesce. Et la, c'est l'orgie. Il nous installe a table avec son fils, son petit fils et un de ses collaborateurs, et nous fait apporter 3 bouteilles de soda, une bouteille de mousseux, du the, du pain, des salades de legumes frais et en conserve, avec du fromage. Nous sommes fortement incites a manger. La, arrivent les mantis (gros raviolis au mouton et au gras). Et puis il nous commande des chachliks... "ah non, please, pas les chachliks !" En fait, bonne surprise, sur ma 1ere brochette, je n'aurai aucun bout de gras ! Ce ne sera pas le cas des suivantes... Bref, nous essayons de nous enfuir, mais impossible. Il nous invite a passer la nuit chez lui. Et puis vient le tour de la vodka. Erreur fatale, il nous demande si nous avons eu froid, ce a quoi nous avons repondu oui... Donc bonne raison pour nous servir de leur alcool. Nous trempons les levres, berk, elle est vraiment pas bonne. Je me demande pourquoi les gens en boivent, surtout pure. Eux-memes n'aiment pas, ils boivent tout de suite derriere un verre de soda ou mangent une rondelle de tomate. J'arrive tant bien que mal a avaler leur tord-boyaux, mais m'en resservent une rasade. L'anti-gel, c'est bon pour ce qu'on a, mais la, s'en est trop.
Enfin, nous arrivons a nous extirper de ce sympathique piege. Seance de photos, et ambrassades... Droles de coutumes, ces messieurs essaient de m'embrasser sur la ...bouche ! Mais j'arrive a eviter ce calvair. Quand a Stef, le Papy lui fait un baise-main mais en lui lechant le petit doigt !! Il est vraiemnt temps de partir me dit Stef ecoeuree....
Une vingtaine de kilometres plus loin, juste apres la grande ville de Navoyi, nous partons a la recherche d'un endroit pour poser la tente. Stef apercoit un garage qui pourrait faire l'affaire et descend pour frapper a la porte du suppose proprietaire. Personne ne repond. Au bout de quelques minutes, un monsieur qui etait sur le trottoir vient naturellement nous voir et nous propose de passer la nuit chez lui. Avant cela, il s'assure tout de meme que nous ne comptons rester qu'une seule nuit avant de rejoindre Boukhara. Nous entrons dans sa tres grande maison, et nous sommes invites a nous asseoir dans la salle de reception. Il est 17H, et pendant 4 heures nous serons choyes comme des princes. The, pain, confitures d'abricot, biscuits... Les grenades nous sont ouvertes et les pommes epluchees et coupees, nous n'avons qu'a ouvrir la bouche. Des que nous mangeons une moitie de quelque chose, nous sommes reservis. Malgre le repas gargantuesque du debut d'apres-midi, nous avons encore de la place dans l'estomac. Les grenades sont delicieuses et il est difficile d'y resister. Je me dis qu'il faut que je gere, car je me doute qu'on aura un plof pour diner, et si je ne veux pas les vexer, il me faudra en manger une grande quantite. Les fils, tous chauffeurs de taxi, arrivent les uns apres les autres. Les yeux leur tombent quand ils nous voient dans la piece, ce qui fait rire tout le monde. La mere, la fille, tous sont d'une gentillesse incroyable, et nous profitons de ce moment privilegie. Nous discutons de tout et de rien, c'est vraiment tres agreable. Pas manque, un magnifique plov nous est servis accompagne de salades et autres. Le pere me demande si je veux bien boire avec lui de la vodka... Je refuse, mais me vois oblige de tremper mes levres une fois de plus dans leur anti-gel.
La nuit fut bien agreable dans cette chaude piece, couches sur des edredons multi-colors, et nous remercions nos hotes de ne pas nous avoir laisse dehors, sous la tente, par de pareilles temperatures. Au petit matin, il fait -10*, et la capuche sous le casque devient indispensable. Le soleil n'est pas encore leve, mais la lumiere nous indique que nous aurons une belle journee, seche. Nous nous devons de ne pas trainer, il nous reste 110 km pour rejoindre Boukhara, sans compter que les arrivees en ville sont parfois hasardeuses. En debut d'apres-midi, notre pneu avant explose (le pneu chinois, achete 2$ au Kazakhstan) dans un nid de poule, apres 1200 km de loyaux services a defaut d'etre tout le temps bons.
Nous venions juste de depasser un papy sur son velo sovietique. Il me donne la main pour changer pneu et chambre a air. Il est tout etonne lorsque je sors la mini-pompe, ou le pneu a tringle souple du sac de la remorque. Nous echangeons quelques mots, c'est un invalide de guerre, d'Afghanistan, comme Anatoli, rencontre en Russie. Nous atteignons enfin Boukhara apres plus de cinq heures de selle. Nous choisissons un peit hotel Bed&Breakfast, mais rien a voir avec l'ambiance de la guest house de Samarcande. Il y a plethor d'etablissements ici, et difficile de trouver un point de ralliement pour backpackers.

Boukhara est magnifique, et je vous laisse consulter les photos du blog, nous devons aller preparer notre depart pour le Turkmenistan...


Afficher article  Tashkent - Samarcande
Enfin nous mettons les voiles ! Visas en poche pour la suite du voyage, nous reprenons le Tonic avec envie, mais dans le froid. Qu'importe. Nous sortons de la capitale, et trouvons assez vite des routes plutot calmes et peu circulees. Sur cette premiere journee, nous souhaitons faire un grand bond pour pouvoir rejoindre Samarcande (annoncee a 290 km) en trois jours. 120 km en pres de 5 heures et demi. Il fait froid et trouvons un petit coin pour poser la tente. Des broussailles nous rechauffent (a peine) pendant les quelques dizaines de minutes de notre feu de camp. Nouilles chinoises au menu, il y avait longtemps !
Dans la tente il fait 0* degre, et nous devons bien nous habiller dans nos duvets, un peu juste pour de telles temperatures. Le lendemain, nous refaisons le paquetage et nous nous rendons compte que nos tetes sont restees couvertes depuis notre depart de Tashkent : Casque avec ou sans capuche en dessous lorsque nous roulons, bonnet des que nous descendons du velo, et capuche du duvet dans la tente ! Et ca va durer ainsi pendant plusieurs jours... Nous avons de grosses courbatures, surtout aux mollets. La reprise a ete un peu brutale, surtout apres plus de trois semaines d'arret ! Nous marchons comme des cow boys, mais une fois chaud, nous ne sentons plus rien. Sur la route, nous reprenons vite l'habitude de recevoir des cadeaux : kakis, grenades, pains, noix, abricots secs, nous n'allons pas mourir de faim. Environ 90 km sur cette journee et, comme par magie, nous tombons sur un hotel sorti de nulle part. Stef va voir a l'interieur : c'est tout neuf, et tout chaud par la meme occasion. Le prix ? 6 Euros la chambre double, nous n'allons pas nous en priver, surtout que dehors il fait tres froid. Etonnament c'est le plus bel hotel que nous ayons vu depuis le debut de notre voyage. Les chambres sont belles, la moquette propre, le carrelage bien pose, et les tenanciers hyper sympas. Le soir, nous y mangerons des Laghmans (soupe de pates avec du mouton) comme lors de notre dejeuner d'ailleurs. En plus, ils nous apportent toutes sortes de salades, de choux, de tomates etc... Le tout etant tres bon, meme leur mouton, ca fait presque plaisir d'en manger, une fois de plus.
Le jour suivant, au petit matin, ils nous offrent le petit dejeuner : Laghnams ! La ca commence a faire beaucoup, trois fois de suite, sur trois repas consecutifs et de surcroit au petit dej ! Mais bon, nous l'avalons, les remercions et filons tout droit vers Samarcande la mythique. Sauf que nous nous sommes rendus compte que les cartes nous "auraient mentis". C'est plus de 370 km qui separent les deux villes, et nous aurons bien du mal a les faire en trois jours. Encore une dure journee de pedalage, avec le vent de face qui plus est. En arrivant a Jizzak, plusieurs routes sans indication s'offrent a nous. Nous demandons notre chemin a deux monsieurs :
"Bonjour, excusez-moi, Samarcande, c'est par la ?
- Oula, non oulala !"
Bon, euh, mais encore...
"C'est pas ou alors ?
- Foulala, non, pas du tout !
- ???
- Ici c'est Jizzak.
- Oui, merci, mais Samarcande ?
- Mes pauvres Samarcande, c'est loin !
- Bon, laisse tomber on n'y arrivera pas," glisse-je a Stef.
Nous trouverons finalement notre chemin, et nous nous arretons a manger, comme d'hab dans une chaikhana (cafe). Il y en a trois ou quatre cote a cote, et nous en choisissons une au hasard, sachant que quelques energumenes s'agitent pour nous faire entrer dans la leur.
Des gens sont installes, et biensur, comme d'habitude, nous repondons a leurs questions en Russe, vu que nous ne savons rien dire a part "merci" et "bonjour" en Ouzbek.
Le repas se passe plutot bien : en entree nous avons des salades de legumes conserves comme les cornichons chez nous (oups, je sais plus comment ca s'appelle ) - c'est assez etonnant de manger des tomates ainsi conservees,  mais on devra s'y habituer, vu que c'est l'hiver, nous en aurons a tous les repas !- et en plat principal : du mouton bien sur. Le tout accompagne d'un delicieux Kefir, de pain et de the. Le serveur nous demande toutes les deux minutes si tout est ok. Au moment de partir, je demande l'addition : "chiotte pajalsta". Et la, bonne blague. Le bonhomme regarde par terre, en direction de Stef et dit tout bas : "2". Parce que leur grande specialite en Ouzbekistan, c'est de ne dire que le premier chiffre d'une somme, et c'est a nous de deviner le nombre de zeros, et c'est vraiment casse-pied, car source de nombreux quiproquos, d'autant plus qu'ils rechignent a ecrire les sommes, enfin surtout ceux qui cherchent l'arnaque. Je regarde Stef :
"J'ai pas compris, 2 ? enfin 2000 Sum quoi, ca va, c'est pas cher. (1500 Sum = 1 Euro)
- C'est peut-etre 2000 par personne...
- Va comprendre !"
Je lui donne 2000. Il fait la moue. Bon, je lui donne 2000 de plus. Il dit non. Ben quoi alors ? Ecris le ton chiffre, ce sera plus facile ! Il prend un billet de 100 et ecrit dessus : 20 000.
Stef eclate de rire :
"Hier nous avons paye 14 000 pour le repas du soir, la nuit d'hotel et le petit dejeuner, et la c'est 20 000, je vais chercher la Militsia ?!?"
Apres discussions, nous prenons a parti les gens qui mangent derriere nous, qui s'enervent et qui defendent notre cause aupres du bonhomme. Ils crient et finalement nous donnerons 6000 Sum, ce qui est deja tres bien paye. A peine sorti, un Russe nous donne des noix, des grenades et des pommes, comme pour nous dire "desole, chez nous aussi y a des gros nazes !"
Hop ! en selle apres ce drole d'episode, et en route pour quelques heures encore, avant de poser la tente, fatigues, dans le froid de la nuit qui s'annonce. Heureusement ce coup-ci nous trouvons du bois, du vrai, pour nous faire un bon feu de camp, qui nous rechauffe significativement. Il faut bien tout ca, car sous notre toile, il fait deja -4* ! C'est tout emmitoufle dans nos polaires que nous gagnons les bras de Morphee avec nos reves de Samarcande, qui n'est plus qu'a quelques coups de pedales.
Nous passons la nuit colles l'un a l'autre. Nous avons place une couverture de survie sous la tente pour isoler en plus de nos tapis de sol, et une autre sur nos jambes a l'interieur. Nous avons aussi deployer tous nos papiers bulles sur les cotes des parois.
Au petit matin, croyant etre encore loin, nous partons tot. Nous ne sommes en fait qu' a 60 km du Registan, qui s'offre a nous trois heures plus tard, avec toute sa majeste. Imposant, la, les medersas qui se regardent, les ceramiques, les bleus, le soleil, la neige qui fond sur les domes : parfait tableau, a la hauteur de ce que nous nous en faisions comme idee.
Nous posons nos bagages dans une sympathique guest house, dans laquelle d'autres voyageurs nous rejoignent au cours de la journee. Americain, Espagnol et six Japonais. Mais le plus etonnant, c'est que tous voyagent seuls. Alors ca discute, ca raconte autour du the et des petits gateaux. Bonne ambiance de backpackers. C'est toujours sympa de rencontrer des voyageurs, quelque part on se comprend, pas besoin d'expliquer le pourquoi du comment, on le sait. Pas de cris de terreur quand on dit qu'on va en Iran ou au Turkmenistan, eux en viennent, ou y vont egalement, ou encore viennent de traverser l'Azerbaidjan, la Moldavie ou je ne sais quel pays insituable sur une carte.
A noter : dans la guest house et dans les restaurants, il y a des cheminees au gaz. Pas de bois, juste des buses de gaz dont les flammes chauffent parfois une ou deux briques refractaires, mais pas toujours. Etonnant !
Chacun prend son baluchon pour l'apres midi, et nous nous recroiserons dans les rues, eux toujours a pied, nous toujours en velo, sur les differents sites. La ville est belle, ponctuee de mosquees et merdersas plus richement decorees les unes que les autres. Les constructions sont par contre souvent lourdes, et ont parfois du mal a traverser les (quelques) siecles sans s'ecrouler sur elles-memes... tout le monde ne s'improvise pas Egyptien, Maya ou Azteque.



en cours...
Afficher article  Gengis, Polo et Tamerlan
Difficile de traverser les divers pays d'Asie centrale sans parler de Gengis Khan, de la famille Polo ou encore de Tamerlan... Voici le quart d'heure historique en quelques lignes, juste pour, je l'espere, vous donner l'envie d'en savoir plus sur le passe de la region.

Commencons par Gengis Khan, le plus grand conquerant de tous les temps. Plus fort qu'Attila, plus grand qu'Alexandre, plus determine qu'Hannibal ou Charlemagne, le chef des Mongols s'est batti un empire plus vaste que celui de Napoleon ou de tout autre stratege sanguinaire depuis la nuit des temps. Evidemment, dans toute la region, les differents chefs de clans et gouverneurs redoutaient la puissance de la cavalerie Mongole. Gengis, lui, pas pieux pour un sou, a toujours soupese le pour et le contre avant de partir en guerre. Il preferait parfois faire du commerce plutot que de partir tete baissee dans des batailles ruineuses. En 1218, il envoya au gouverneur du Kharezm a Otrar (nous y sommes passe en Septembre, au Kazakhstan) quelques emissaires afin de debuter des nouveaux liens commerciaux. Mais le bougre d'ane de gouverneur, n'a rien trouve de mieux que de leur regler leur compte en les assassinant... du coup, Gengis s'est fache tout rouge, a rassemble quelques 200 000 hommes et a mis une tannee a toute l'Asie Centrale. D'abord Khojand, puis Otrar (ou il a fait zigouiller avec sauvagerie ledit gouverneur, sous ses yeux), puis Boukhara (ou nous sommes actuellement). La ville fut mise a sac, viols et pillages par ses soldats, pietinage des livres saints par ses chevaux, mais ce n'est pas tout... Lui qui n'avait que faire de la religion, serait monte dans la plus grande mosquee pour annoncer a la population : "Je suis le chatiment de Dieu pour vos peches." Culotter tout de meme !!
Il mit ensuite le cap sur Samarcande, Merv (au Turkmenistan, nous devrions y passer dans quelques jours), Kaboul et beaucoup, beaucoup d'autres... Apres la terreur, la region retrouva le calme et la route de la soie connut un regain d'activite.

Tamerlan, appele ici Timour Lang (Timour le boiteux), profita du morcellement de l'empire Mongol, bien apres la mort de Gengis Khan (a cause notamment des differentes successions) pour se monter une armee et entamer une periode de neuf ans de conquetes. Iran, Irak, Syrie, Turquie, Caucase, Inde du Nord, visiblement, les tyrans du coin avaient de l'appetit. Tamerlan aurait ete d'une cruaute sans limite : on estime a plus de un million le nombre de victimes de ses campagnes militaires ; il avait aussi la reputation de construire des tours et des murs avec les cranes cimentes de ses vaincus... Sa capitale etait Samarcande, et la plupart des batiments que nous observons aujourd'hui datent de cette epoque.

Enfin, parmi les plus grands noms qu'a reveles la region, outre ceux de grands scientifques (Al-Kharezmi, mathematicien dont le nom est a l'origine du mot "algorithme" ; Al-Biruni, astronome qui savait que la Terre tournait sur elle-meme et autour du soleil, au Xe et XIe siecle, pas mal... ; ou Abu Ali Ibn-Sina, medecin dont on utilisera les ecrits en occident jusqu'au XVIIe) figurent ceux de la famille Polo. Au XIIIe, a Venise, la principale puissance de la mediteranee voulant developper son commerce, vit partir Niccolo et Matteo Polo. Partis de Constantinople, ils remonterent la Volga puis traverserent l'Asie Centrale, descenderent a Boukhara, y resterent trois ans, avant de rejoindre le petit fils de Gengis Khan, Qubilai, en Mongolie.
Qubilai, curieux, cultive et avide de connaissances, surout de celles venant des sedentaires d'Occident, ne voulait plus les laisser partir et en fit ses ambassadeurs. Il leur demanda de retrouver le Pape, a Rome, et de lui faire envoyer cent de ses pretres. S'ils se montraient convaincants, lui et tout son empire se convertiraient au Christianisme. Le probleme, c'est qu'au bout des trois difficiles annees de voyage retour, personne ne voulut les croire... Ils ne repartirent qu'avec deux moines qui tournerent les talons en Armenie lorsque la route devint trop dure. Avant de repartir, Niccolo prit son fils Marco avec lui, sa maman ayant disparue. C'est alors que Marco commenca ses merveilleux voyages a travers toute l'Asie, par la mer et par voie terrestre, dans tous les sens, vers tous les horizons. Il fut tres apprecie de Qubilai Khan qui en fit un de ces conseillers privilegies. Quand ils retournerent a Venise pour escorter une princesse mongole promise a un prince perse, une nouvelle fois personne ne voulut les croire. Capture lors d'une guerre contre Genes, Marco dicta ses memoires depuis sa prison, ecrit qui deviendra le plus lu des recits de voyage, bien plus que notre Blog haha ! Toute sa vie il fut accuse d'avoir invente ses recits, et presse de se retracter jusque sur son lit de mort. Sa seule reponse : "Je n'ai pas ecrit la moitie de ce que j'ai vu."

A vos claviers et a vos bouquins pour en savoir plus ! Ces quelques lignes ont ete ecrites a partir de : Lonely Planet Asie Centrale, divers sites Internet, et ce que nous voyons et entendons sur place ! On peut quand meme se poser la question : "Et si le Pape avait envoye les 100 pretres, l'Asie serait-elle chretienne ? ou en partie du moins ??"