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Jeudi 23 Novembre

Bureaucratie locale
par
biketripalicefr
le jeu 23 nov 2006 17:01 CET
Au debut, nous ne voulions pas trop ecrire a propos de la bureaucratie locale, de peur d'etre trop saignant, de trop trancher et d’etre carrement mechant… Mais s’en est trop ! Il faut parler ! Ces derniers jours ont ete les citernes qui font deborder la piscine.
On va prendre comme exemple nos deux derniers jours.
Mercredi 22/11/06 :
Le matin, nous partons a la gare de Tashkent, lieu des bureaux des differents transporteurs internationnaux. Nous avons prepare un colis de 6 kg, a destination de la France, pour nous alleger et sauvegarder photos et souvenirs - quelques jours plus tot, nous nous y etions deja rendus, pour nous renseigner sur les tarifs et les modalites. Nous avions choisi Fedex, compromis entre le tarif et le renom.- Nous rentrons dans leur bureau, et deux bonhommes tout mou sont la (et visiblement las aussi). Aucun ne parle anglais, mais ils ont un central, d’ou une femme me renseigne par telephone. Interdit d’envoyer des billets de banque (pour la collection de mon Bruder), interdit de ci, de ca, bref, ca irait plus vite si elle enumerait ce qui est autorise. Ce n’est pas tres pratique, et les deux bonhommes ne font aucun effort. Nous nous en allons et traversons le couloir pour aller chez Aramex, ou nous avions reperer, la derniere fois, un monsieur parlant anglais. Nous posons le colis et debalons le tout. Quelques vetements superflus : OK. Nos guides de Russie et d’Asie centrale et notre carnet de route : OK. Les billets et les pieces : interdits. Les CDs de sauvegarde des photos : doivent passer en douane pour visionnage de toutes les photos, cout 3$ dollars, temps une journee minimum, risque eleve de se les faire confisquer a cause de photos qui ne leur plaisent pas. La tenture achetee la veille au bazar : doit passer au ministere de la culture pour recevoir un certificat d’exportation, prouvant qu’il ne s’agit pas d’une antiquite (vraiment n’importe quoi, on voit bien qu’elle est faite a la main et qu’elle est neuve, mais bon…), cout : 10 $ (plus cher que la tenture) et au moins une journee, plus le temps de trouver le ministere et tout les problemes que ca amene. Les panneaux solaires (que nous n’avons jamais utilises…) : OK. Le flash cobra du reflex : OK. Quelques babiolles et souvenirs : OK.
Du coup, nous enlevons la tenture, et les CDs, sources de problemes, et les billets interdits. Nous remettons le tout dans le paquet, mais ne le fermons pas, car la douane doit l’ouvrir… On laisse donc toutes nos affaires a des gars qu’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam, avec juste une liste recapitulant nos effets… Et puis le bonhomme me dit :
“Ecoute, pour ta tenture et tes CDs, quand la douane viendra verifier, je les enleverai, et une fois le tampon appose, je les remettrai dans le carton”.
- Euh, ah bon ? C’est possible ca ? Ca se passe comme ca chez McDonald ?
- On fait quoi Stef ?
- Bah… euh… pfff… c’est casse pied de se trainer la tenture encore pendant 10 000 km, non ?
- Ouai, je pense pareil, allez, zou, dans le carton et Inch Allah !”
Nous payons et partons, avec leur parole que tout arrivera. De toute facon, nous avons notre ami Alisher (qui parle un francais rigolo), le gerant de la guesthouse, qui “pique” tous ceux qui embetent ses touristes.
Nous passons a l’hotel pour prendre le velo. Alisher nous tend un papier, disant :
“Ces cons la demandent un certificate pharmaceutique pour recuperer le colis avec les micaments”. Pour avoir ce certificat, il faut aller a l’autre bout de la ville, vers le bazar Chorsu. Le probleme, c’est que le colis est a mon nom, que l’ordonance est au nom de Stef, et que les passeports sont a l’ambassade d’Iran. C’est le chantier, nous ne savons par ou commencer : ambassade-colis-ambassade ? Sachant que pour le certificat, il nous faut le passeport. Nous prenons alors la direction de l’ambassade d’Iran, (ou notre visa est cense nous attendre, avec deja 6 jours de retard, a cause d’un probleme de reception de la lettre d’invitation du ministere des affaires etrangeres iranien). Ce n’est que la 7eme fois que nous y allons, et nous connaissons la route et ses nids de poule par coeur. Nous arrivons a 16H00. On nous demande de patienter. Un quart d’heure plus tard, on nous fait signe de nous approcher. “Le visa n’est pas prêt, nous avons un probleme informatique. Il faut revenir demain”. Precisons que ca fait trois jours qu’ils ont nos passeports !
“Ah non ! demain, pas possible !” Nous expliquons la situation, colis, velo, ambassade turkmene etc..
“OK, attendez 17H00”
Nous patientons donc, et a 17H00 :
“Ben non, c’est pas faisable, revenez demain a 9H00…”
Sans commentaire. Les bras nous en tombent.
Nous montons vite sur le velo, la nuit tombe, il fait froid, les lampadaires eux aussi nous laissent tomber et ne fonctionnent pas, et nous n’avons bien sur pas pris nos lampes frontales.
Enerves, nous foncons vers Chorsu, insultant au passage les automobilists intrepides et inconscients. Nous ne savons pas exactement ou nous devons nous rendre et demandons plusieurs fois notre route. Personne n’a l’air de connaitre… C’est la fete. Nous finissons par trouver. Nous rentrons et sommes accostes par les gardes a l’entrée. Ils ne comprennent rien a notre papier et a notre demande. Ils delirent sur le velo. Je les bouscule, en leur disant que le temps presse. Voyant qu’ils ne pannent rien, je sors la carte de notre sauveur Ali, pour qu’ils l’appellent. Le ton monte, et ces “cons la” comme dirait Ali, pensent que nous cherchons un hotel ! Nous crisons. Mais que fait la police ?? Bref, je reussis a m’infiltrer et monte les 2 etages du vieux batiement. Je trouve 2 monsieurs parlant anglais qui me dissent : “C’est trop tard, il faut revenir demain”. Je les supplie, leur explique tout, et leur dis que demain je n’aurai pas de passeport. Il me donne RDV a 9h00, rien a faire.
Super journee.
Jeudi 23/11/2006 :
Debout 7h00 pour un depart matinal, chacun de notre cote afin d’essayer de regler nos differents problemes.
J’arrive au centre pharmaceutique. Le garde me reconnait et m’enregistre. Je monte les deux etages et retrouve les monsieurs de la veille. “Un instant” me glissent-ils.
Un quart d’heure plus tard, on m’amene dans un bureau, dans lequel une des quatre femmes parle anglais. Soulagement. Je reexplique mon cas. Premier probleme : sur le bordereau de chronopost figure mon nom et celui d’Ali, vu que nous n’avons pas d’adresse en Ouzbekistan. Et ca, ca les trouble. Qui est ce Ali ? Blablabla je tente de leur expliquer.
“Et vous, vous etes qui ? Vous etes quoi ? Etudiant ? Touriste ? Seul ? “ Mille questions et autant de papiers a remplir. La fille me dit :
“On va pouvoir faire quelque chose, mais il faut me donner le nom de medicaments (facile), la quantite (facile on y avait pense la veille), et le nom du fabricant (nouveau probleme).”
Je leur explique que je n’ai aucune idée du nom du fabricant et qu’il me faut le papier au plus vite pour pouvoir dedouaner le colis. Elle se debrouille alors pour trouver le nom du fabricant.
“Cette lettre va vous couter quelque chose. Connaissez vous bien Tashkent “
Je ne vois pas bien le rapport mais me doute de quelque chose, et reponds “non”. Elle me dit que pour payer les 15 USD je dois me rendre, une nouvelle fois, a l’autre bout de la ville. Il en est hors de question et je les harcele pour qu’ils trouvent une solution. Un quart d’heure plus tard on m’emmene dans un bureau pour regler mon du. Surprise les 15 USD se transforment en 19 USD après l’ajout de taxes diverses et variees. Une heure plus tard je signe une lettre (leur exemplaire) et une heure encore après je repars avec mon sesame. Le tout m’a pris 4 heures.
Je retrouve Stef qui n’a mis que 3h30 pour recuperer les visas Turkmenes et Iraniens (en des lieux eloignes) et 2h supplementaires seulement pour recevoir le colis. Entre temps, Ali a recu un coup de telephone, me proposant de donner des pots de vin pour eviter la douane…
Nous vous epargnerons notre trentaine d’heures passé a l’ambassade d’Inde, et autres admnistrations, comme l’OVIR, ou les banques.
Nous reprenons la route demain pour Samarcande.
Nous remercions nos parents pour la parfaite logistique depuis la France.
Nous avons egalement notre nouveau portable, avec le meme numero : A vos SMS !
Dimanche 19 Novembre

Plus d'anecdotes
par
biketripalicefr
le dim 19 nov 2006 14:16 CET
En attendant de reprendre la route (visas toujours en cours), voici d'autres petites anecdotes :
-
Les marchands de chaussures de couleur ont du tous faire faillite, on
ne trouve ici que des chaussures noires ! Et souvent elles ont une
drole de forme, avec le bout qui remonte, comme les chevaliers du
moyen-age... Elles sont en cuir, et ils s'en occupent plutot bien. Elles sont reguliereemnt cirees.
- Dans le metro, il n'y a pas de tourniquet
pour arreter les fraudeurs. C'est bien plus vissieux : a premiere
vue, on peut passer sans probleme entre les deux montants, sauf que si
on ne met pas le jeton, des barrieres en acier se referment sur vous a
la vitesse de l'eclair, en vous broyant au passage une cuisse ou une
hanche... Non pas que nous ayons essaye, mais il se passe la meme chose
si on va plus vite que le jeton dans la machine, ou si on a un gros sac
a dos. Aie aie aie !
- Chaque region a un pain different
(un peu comme nous chez avec les fromages), et autant certains sont
delicieux, comme ici a Tashkent, autant certains sont mauvais, durs
comme de la pierre, comme a Khiva. Pourquoi ? Dans les regions
desertiques, le pain doit pouvoir se conserver plusieurs jours, ce qui n'est
possible qu'en faisait du pain dur et sec...
-
Comme nous n'avons qu'une seule paire de chaussure (avec les cales en
dessous pour les pedales automatiques), des que le soleil pointe son
nez, nous mettons nos claquettes. Et ca, ca les choque ! Voir des
petits petons, nus qui plus est, les interpelle...
- En ville, tous les magasins d'un meme type sont regroupes dans un
quartier donne. Ca peut parraitre pratique a premiere vue, mais pas du
tout. Par exemple, il nous fallait une clef allen de 10 ; pour la
trouver, nous avons du aller a l'autre bout de la ville, au bazar de la
mecanique, ou l'on trouve des pieces neuves (peu), qui viennent de
Chine, ou des vieilleries usees sovietiques (des tas et des tas). Et
impossible d'en trouver ailleurs ! C'est d'autant plus incomprehensible
qu'au bazar, ils sont des floppees a vendre la meme chose tous les deux
metres. Sur que si un ou deux s'installaient en ville, ils auraient des
clients, tous ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas traverser la ville
pour trouver une clef !
- Nous vous avions deja fait part qu'il est possible ici de tout achete
a l'unite : chewing gum, cigarette etc... Mais aujourd'hui, nous avons
encore vu autre chose, a la pharmacie. Nous avons demande le prix de la
boite de Smecta (pour faire des reserves, on ne sait jamais), mais la
pharmacienne n' a pas compris ; elle nous a donne le prix unitaire du
sachet. Il ne viendrait a l'idee de personne d'acheter la boite
entiere ! Pendant le temps ou nous discutions avec elle, un monsieur
est entre, a achete un cacheton, qu'une employee lui a apporte, avec un
verre d'eau. Hop, il l'avale, et repart... Ce qui est etonnant, c'est
que les gens pensent ici qu'un cachet suffit pour guerir, et
instantanement qui plus est ! Plusieurs fois nous en avons fait
l'experience : "t'as pris un medicament, alors t'es plus malade, si ??".
- Au restaurant, meme en ville, ils ont la facheuse habitude de tout
servir en meme temps. Entree, plat de resistance. Du coup, nous
commencons par manger ce qui est chaud. Un jour, un monsieur assis a
une table voisine nous dit : " Vous etes bizarre, vous, les francais,
vous finissez toujours par la salade ?!?" Nous lui avons explique, et
apparemment l'avons convaincu... Parfois aussi, ils peuvent servir
integralement une personne, sans rien apporter a son compagnon.
- A Noukous, chez nos hotes, nous sommes passes pour des
extras-terrestres lorsque nous avons dit que nous vivions seuls, pas
chez nos parents. Nous avons eu droit a la reflexion suivante : " Mais
qui s'occupe de vos parents ? ". Chez eux, la femme du fils aine vient
vivre chez ces beaux-parents, avec son mari et ses enfants. Si une
famille a plusieurs fils, il se peut qu'il y ait plusieurs
belles-filles vivant sous le meme toit. A partir du moment ou une
belle-fille vit a la maison, la mere ne fait plus rien ou presque,
toutes les taches menageres etant prises en charge cette premiere.
Pour finir, un petit mot a propos du blog :
Nous
avons plus eu plus de 9500 pages lues depuis le debut du mois de
novembre et plus de 20 000 depuis le debut du voyage ! Environ 200
ordinateurs differents se connectent par jour... mais est-ce que je
dois dire quels sont les articles et les photos les plus regardes ?? Ah
! les toillettes et tout ce qui tourne autour, il n'y a que ca qui fait
recette !
Mardi 14 Novembre

Plus de photos / More Pics !
par
biketripalicefr
le mar 14 nov 2006 18:11 CET
Etant donne que nous sommes limites en espace memoire sur ce blog, nous en avons creer un 2eme, sur lequel nous ne mettrons que des photos, rien que des photos. Le blog Alice comportera tous les articles et les photos recentes, l'autre, toutes les photos. http://www.flickr.com/photos/13093900@N08/sets/
If you cannot read french, you can still click to this link to see more pics from our trip !

Anecdotes en tout genre...
par
biketripalicefr
le mar 14 nov 2006 17:44 CET
En Ouzbekistan, les policiers qui font la circulation n'ont pas de voiture pour se deplacer. Du coup, ils font du stop pour se poser au carrefour ou ils sont censes travailler !
Quand nous parlons russe, il y a des moments ou l'on ne peut s'empecher de sourire. Par exemple, a la fin du repas, pour demander l'addition, il faut dire : "chiotte, pajalsta", et la serveuse repond en general : "Chiasse pajalsta", qui signifie "un moment svp" .
Dans la rue, nous avons rencontre plusieurs personnes, qui, pour se soulager la vessie, ouvrent la porte arriere de leur voiture, et se soulagent a l'angle forme de la portiere et du cote de la voiture .
Les hommes ont une facheuse tendance a cracher, un peu n'importe ou... Deja, dans la rue, c'est pas forcement top. mais ils le font aussi a l'interieur ! L'autre jour, dans le cyber cafe ou nous etions, le bonhomme crachait regulierement sur le carrelage, pourtant propre, de l'etablissement ! Aussi, comme on l'a deja explique, ils ont l'habitude de jeter par terre dans les yourtes ou les maisons de terre, les fonds de tasse de the, lorsque celui-ci est froid ou qu'il y a des feuilles. Le probleme, c'est que certains font la meme chose dans les restaurants carreles !
A force de repeter des dizaines de fois par jour que nous sommes francais, notamment en roulant quand les gens nous helent, nous avons juger bon de nous procurer un petit drapeau tricolore. Decevant resultat, personne ne le connait ! Une fois, un homme a demande a son collegue : "c'est quoi ce drapeau ?" l'autre, sur de lui, lui repondit : "ben c'est le drapeau Americaim pardi !". Ou encore, certains le prennent pour le drapeau Russe, ou meme Allemand...
Apres le chachlik, on a decouvert pourquoi leurs fritures sont si mauvaises et nous rendent parfois malades. L'huile de tournesol coutant trop cher, ils cuisinent a l'huile de ... coton ! Pas top !
Les gens sont tous au courant de l'actualite francaise lorsque celle-ci derape. Par exemple, tout le momde nous a demande pourquoi la dame avait ete agressee dans le bus a Marseille, et pourquoi on brule des voitures dans notre beau pays ?!? Ils n'ont acces a aucune info critique de leur propre pays (tous leurs medias etant controles et censures), se font monter la tete sur les divers problemes, notamment ecologiques, mais on leur montre ce qui ne va pas chez nous...

Dernieres nouvelles
par
biketripalicefr
le mar 14 nov 2006 12:40 CET
Juste un petit mot pour vous donner les dernieres nouvelles :
- Nous nous sommes faits spolier notre portable par les flics de l'ambassade d'Inde. Donc ne nous envoyez plus de sms, ca ne sert a rien, sauf si vous voulez communiquer en ouzbek avec nos voleurs... On vous tiendra au courant quand nous en aurons un nouveau.
- Changement d'itineraire : nous avons decider de ne pas prendre de vol pour le Sri Lanka (en attendant que ca se calme). Du coup, nous pouvions choisir d'aller en Inde, mais ca nous obligeait a y rester jusqu'en fevrier-mars, pour ensuite aller au Nepal : bof. Du coup, nous avons opter pour une route... Ouest, histoire de continuer dans les zig-zags et l'illogisme du trajet. Nous traverserons le Turkmenistan, puis l'Iran, si nous avons les visas...
- Nous bataillons actuellement pour collecter tous les visas, nous quitterons Tahskent des que nous les aurons tous.
- Nous avons recu un colis de France, qui n'a mis que 5 jours, avec des pieces de velo ! Tout est monte, ca fait du bien d'avoir une transmission toute neuve !
Voila les dernieres news...
Lundi 13 Novembre

La mer d'Aral
par
biketripalicefr
le lun 13 nov 2006 15:29 CET
Nous aurions pu au Kazakstan aller voir la mer d'Aral et constater les degats, mais nous n'etions pas prets : nous avions l'impression de faire du voyeurisme, de faire les occidentaux qui viennent voir des horreurs pour dire : "En lala, c'est affreux" et repartir comme si de rien etait. Et puis, le choix s'est a nouveau presente ici en Ouzbekistan. Et la ca nous paraissait normal d'y aller car nous savions pour quoi : constater par nous-memes les degats - et pas seulement lire des articles pas forcement neutres -, rencontrer la population de Moynak et les questionner, voir comment ils subsistent. C'est toutefois avec apprehension que nous attendions cette rencontre...
Nous rejoignons Moynak, situee a 215 km de Noukous, a l'aide d'une Tico (marque Daewoo), accompagnes de notre hote, qui nous servira de guide. Le trajet dure 2 h 45 et le paysage de steppe sablonneuse defile sous nos yeux. La terre est par moment completement recouverte de sel, et les locaux parlent deja de desert d'Akkoum ("sables blancs"), qui complete une affligeante triplette avec le Kyzylkoum ("sables rouges") et le Karakoum ("sables rouges").
Le village est annonce par un panneau sur lequel est dessine un poisson...
On dirait un village fantome...Les villageois nous devisagent et semblent se dire : "encore une equipe de scientifiques". (En effet des dizaines d'enquetes, de recherches ont agite la question de la mer d'Aral. Les habitants disent d'ailleurs que si chaque scientifique avait apporte avec lui un seau d'eau, le probleme serait deja resolu).
Posons le decor...
La mer est a cheval sur deux pays : le Kazakstan (sud ouest ) et l'Ouzbekistan (nord-ouest). Elle est alimentee par deux fleuves le Syr Daria et l'Amou Daria (il ne la fournit plus qu'a 10%). Ces derniers prennent respectivement leur source au Kirghyzstan et au Tadjiskistan. Ces fleuves deversaient, a l'epoque, 55 km3 d'eau par an, dans une mer qui mesurait alors 400 km de long et couvrait 66 900km2. Les deux principaux ports etaient Aralsk et Moynak ou l'industrie de la peche battait son plein. Il existait meme une liaison de ferries entre ces deux villes !
Les principaux pays consommateurs d'eau sont l'Ouzbekistan (50%), le Kazakstan (20%), et Le Kirghizstan, leTadjikistan (30%).
Une petite explication s'impose...
A l'epoque les dirigeants sovietiques (campagne des terres vierges), pour developper l'economie de L'URSS, decident d'augmenter par 4 les surfaces cultivees. Pour cela, il a fallu irriguer de nouveaux champs de coton (Ouzbekistan) ou de riz (Kazakstan). D'apres eux, ceci allait permettre de faire "un grand bon en avant" a l'industrie du textile. Sauf que cultiver du coton au milieu du desert, c'etait pas l'idee du siecle. Pour augmenter la production de 20%, ils ont augmenter la consommation d'eau de ... 50 %. Bravo !
Quelques chiffres...
Les debits cumules en annee normale des deux fleuves sont passes, de 60 km³/an dans les annees 1950, à 38,5 km³/an en 1970, 10 km³/an en 1975 et 1,3 km³/an en 1986.
Actuellement, le niveau de la mer d'Aral a baisse de 22 m depuis1960, elle a perdu 60 % de sa surface. Son volume est passe de 1 100 km³ à 650 km³ de 1960 à 1990. Les cotes ont recule de plus de 100 km.
L'augmentation de la salinite (passee de 9 a 49 g par litre en moyenne, avec des pointes à 85 g, contre 30 à 35 pour les autres mers) de l'eau tue les poissons, ce qui a supprime toute peche ; seule une sole mutante a survecu.
60 000 pecheurs sont au chomage.
Consequences...
La diminution de l'evaporation rend le climat de la region plus sec, en diminuant la quantite de precipitations. Initialement, les temperatures oscillaient entre – 25°C en hiver a plus de 35°C en ete.Aujourd’hui, il fait – 50°C à +50°C. Et l'hiver dure un mois de plus.
Le betail se desaltere dans les mares toxiques et mange du fourrage passe au defoliant.
Les vastes fonds marins laisses a nu sont balayes par les vents qui emportent le sel au loin et sterilisent de vastes etendues de terres cultivables ; ces tempetes de sable, qui vont jusqu'au Pamir, provoquent des anemies (80 % des femmes enceintes), des cancers de l'estomac et des tuberculoses (20 fois les taux de l'ex-URSS). La mortalite infantile est de 118 pour 1 000. Un taux comparable acelui du Bangladesh.
Y a t-il un espoir alors ?!
"Oui " vous repondrons certains habitants de Moynak, "la mer reviendra dans 20-25 ans, il faut lui laisser le temps". Ils croient, de plus, que cet assechement est du aux pays qui possedent la mer Caspienne et qui bloqueraient l'alimentation de leur mer. On leur bourre le crane de fausses idees...
Vous l'avez compris, il en est tout autre chose!
La seule solution realiste serait de stopper l’agriculture intensive, ou au moins d'opter pour des cultures moins gourmandes en eau. Mais, c’est bien sur la seule solution que les pouvoirs publics n’ont pas examine. Les consequences economiques passent avant l’environnement et la santé publique !
A Moynak, une digue a ete creee pour essayer de preserver une etendue d'eau, qui permet aux quelques pecheurs restants de continuer leur activite...a une autre echelle ( a la place de leur gros bateau, ils ont une barque !). Mais ce "lac" va t-il resister aux contraintes de cette region ?
Dimanche 12 Novembre

La Karakalpakie
par
biketripalicefr
le dim 12 nov 2006 14:14 CET
Le train nous amene de Tashkent, dans cet etrange endroit qui repond au non moins etrange nom de Karakalpakie, que les locaux nomment Karakalpakstan, a 1200 km environ de la capitale. Nous ne comprenons pas bien quel est le statut de cette "republique", qui est sous la tutelle de Tashkent. Les gens y ont un passeport Ouzbek, mais parlent le Karakalpak et semblent tres attache a leur nationalite que l'on peut definir comme regionale... (Ca y est, tout le monde est paume, mais c'est aussi notre cas). Le pire c'est qu'ils ne sont meme pas majoritaires dans leur republique qui compte 300 000 Karakalpaks pour 1,2 millions d'habitants. Ils parlent une langue du groupe turc, qui s'ecrivait sous l'ere sovietique avec un alphabet cyrillique modifie, et aujourd'hui avec un alphabet romain, ce qui ne facilite rien... Ca ferait 4000 ans tout de meme qu'ils habitent la region. Pourquoi aller dans ce coin perdu, ou il n'y a pas grand chose a voir ? Il est vrai que nous faisons ce voyage, pas forcement pour voir de belles choses, mais pour sortir des sentiers battus, pour voir de "vraies'' choses, la vraie vie des gens...
Durant le trajet, qui a dure un peu moins de 24 heures, nous avons ete invites par un jeune papa de 26 ans. Il est passe devant notre compartiment, et quand il a vu nos tetes d'europeens, il s'est naturellement assis en face de nous pour discuter. Apres quelques minutes, il nous a dit : "les hotels a Noukous sont chers et peu aguichants, venez chez moi, je vous invite". Bon, ben d'accord ! Nous partageons notre compartiment de 4 couchettes avec 2 dames. La encore, nous sommes etonnes quand elles nous disent qu'elles sont coreennes. Elles sont en fait bien Ouzbek, mais les gens se definissent toujours par leur origine, meme lointaine. Comme si en rencontrant un Portugais en France je lui disais que je suis Polonais ou Italien. Bizarre, ca ne me viendrait pas vraiment a l'idee ! Comme a l'accoutumee dans les trains russes et d'asie centrale, nous croulons sous la nourriture. Tout le monde veut nous faire gouter ses specialites, et c'est tres sympa, a defaut d'etre toujours tres bon ! Mais globalement, nous pouvons dire que nous nous regalons. C'etait rigolo, car nous avons echange sur nos nourritures respectives. Elles ont pousse des cris quand on leur a dit que nous mangions du canard, des escargots et des grenouilles, et nous quand elles ont dit qu'elles mangeaient du chien et accessoirement du cheval. Le lendemain matin, notre hote nous bondi dessus, de peur qu'on ait oublie son invitation. Arrives a la gare de Noukous, la capitale, nous filons tout droit dans l'appartement de ces parents. Les immeubles sont des parfaits exemples des constructions a la Brejnev... Ca devait deja etre limite il y a 40 ans, mais alors maintenant, sans aucun entretien, c'est crados et surtout dangereux ! On ne va pas refaire de description, c'est un classique, comme on en a trouve tout du long depuis la Russie. Mais tout meme, le fait de voir qu'un interupteur sur deux a fondu, ca fout les jetons !! (precisons qu'ils ne les remplacent pas) Certes j'etais pas une star de l'elec a l'ecole , mais jamais je n'aurais ose cabler comme ils le font ! Mettre des ballons d'eau chaude electrique ou au gaz dans la douche, faire passer les fils n'importe ou... Bref, la gentillesse de ses parents, et de sa femme nous fait vite oublier les lieux, et nous buvons le the tous ensemble, en discutant de nos vies respectives. Apres quelques minutes, nous sommes invites a choisir notre repas du soir, au choix entre les deux plats nationaux : plov ou besbarmak. Le plov est un riz frit (un pilaf en fait) accompagne de petits morceaux de legumes et de ... mouton, biensur ! Le besbarmak sont de larges, courtes et epaisses pates, avec des pommes de terre et... du mouton, biensur ! A noter que le bouillon de cuisson de la viande est servi dans un bol que l'on boit a part. En fait, nous aurons droit aux deux plats, vu que nous resterons deux nuits. Avec notre hote, nous prevoyons de rallier Moynaq, pour ne pas voir la mer d'Aral. Je ne sais pas si c'est ainsi qu'il faut le dire... Il y a quelques annees, Moynaq etait au bord de l'eau, aujourd'hui la "mer" est a 150 km !! Une des plus grandes catastrophes ecologiques de tous les temps, d'autant plus honteux que les politiques de l'epoque savaient tres bien que l'irrigation des assoifes champs de coton allait provoque cet assechement. Soit ils s'en tamponnaient le derriere par terre, soit ils avaient sous-estime les consequences (voir article et photos sur la mer d'Aral). Certains vous diront que c'est a relativiser vis a vis des stocks d'uranium du Kirghyzstan que les Russes ont laisse en partant, ou a la pollution au Kazakhstan due a la fameuse campagne des terres vierges... Ah oui, on oubliait... Lorsque la mer etait la, il y avait une ile, surl laquelle quelques scientifiques russes faisaient mumusent avec des armes chimiques. Biensur, ils ont tout lance en plan en partant. Mais maintenant qu'il n'y a plus d'eau, les rats contamines a l'antrhax ou a la variole se balladent tranquillos, pouvant contaminer habitants, animaux...

Khiva
par
biketripalicefr
le dim 12 nov 2006 13:35 CET
Apres notre escapade a Noukous et au bien triste village de Moynaq, notre gentil hote nous a degotte un taxi collectif a un prix defiant toute concurrence. En Asie Centrale, il ne reste que peu de bus d'etat. Ils sont dans un etat proche de l'Ohio, tout deglingues, et exasperement lents et bondes. Certes, ils sont bons marches, mais ca tient du mazochisme que d'essayer d'y voyager dedans. Du coup, on a plusieurs autres choix. Prendre un taxi prive, qui forcement coute cher, prendre un taxi collectif, c'est a dire une voiture particuliere ou un mini-van, et on attend qu'ils soient plein pour partir, ou faire du stop au bord de la route, toute voiture pouvant s'arreter pour prendre le quidam. A noter qu'il faut de toute maniere etre habile negociateur, mais que quand on a un grand pif et des yeux ronds, on peut s'attendre a payer 2 ou 3 fois le prix. Notre pote m'a alors dit : "laisse-moi faire, si je lui parle en karakalpak, t'auras un bon prix". Au final, il s'averera qu'on paiera moins cher que les autres passagers, des locaux pourtant !
Nous arrivons a Ourgentch apres 2h30 de route, et filons tout droit a la gare pour reserver nos billets de train pour notre retour sur Tashkent. Ici, il vaut toujours mieux s’y prendre a l’avance, les imprevus sont beacoup trop courants ! Nouveau taxi, et depart pour Khiva la mythique, a 35 km. Comment ca vous ne connaissez pas Khiva ?? Bon, c’est vrai, nous non plus avant de debarquer nous ignorions son existence... Alors Khiva, c’est aujourd’hui une ville-musee, entouree par des magnifiques remparts en pizet.
Khiva se situe dans le Kharezm (donc plus dans la republique de Karakalpakie) et aurait ete fondee par Sem, rien que ca ! Ah oui, Sem, c’est le fils de Noe, mais vous le saviez, n’est-ce pas ? Ensuite, elle fut un des pricincipaux postes commerciaux de la route de la soie. Au XVIe siecle, a l’heure du khanat, elle etait le centre d’un important trafique d’esclaves, “apportes” par les turkmenes et les Kazakhs. Ce qu’il faut savoir, c’est que les Khans, en plus d’etre capricieux, etaient d’affreux tortionnaires sanguinaires sans foi ni loi, et qu’il valait mieux eviter de croiser leur chemin. Des exemples ? Au XVIIIe, le Khana a offert a Pierre le Grand de Russie de devenir son vassal en echange de sa protection. 4000 hommes ont donc ete envoyes de Russie enmenes par Alexandre Bekovitch, mais ce brave Khan avait change d’avis entre-temps. Il a propose aux soldats de se disperser dans les villages alentours. C’est alors que les habitants en profiterent pour les eliminer et le khan en profita pour envoyer la tete du pauvre Bekovitch a son rival de Boukhara, exposant le reste du corps sur la place publique... Mais ce n’est pas tout ! En 1863, le baroudeur hongrois Arminius Vambery, rapporta qu’il vit 8 hommes etre allonges par terre, a qui l’on creuvait les yeux, essuyant au passage le sang sur leur barbe, ou que la methode preferee des khans pour les executions etait l’empalement, les victimes agonisant pendant 2 jours avant de passer l’arme a gauche... A l’epoque, on jetait aussi les femmes infideles du haut des minarets, ou on ecartelait, c’etait selon l’envie du moment ! Bref, c’etait pas triste, et il fallait avoir un petit velo, mais dans la tete, pour s’aventurer en tant que voyageur dans ces contrees, qui en dehors du delta, etaient desertiques.
Voila qui plante le decor avant d’aller consulter les photos dans la rubrique “photo ouzbekistan”.
La Khiva touristique est tres calme, le centre (Ichon-Qala) n’etant pas accessible aux voitures. Mais il suffit de passer les remparts pour retrouver l’activite debordante et etonnante des bazars. Poissons decoupes sur le trottoir, cormorans a deplumer en pleine rue, chachliks bien sur a toutes heures de la journee, etals de fruits et legumes... l’Asie Centrale dans toute sa splendeur !
Samedi 4 Novembre

La vie a Tashkent
par
biketripalicefr
le sam 04 nov 2006 08:17 CET
Tashkent, la capitale ouzbek, compte un peu plus de 2 millions d'habitants, et est la 4 eme ville de la CEI apres Moscou, Saint Petersbourg et Kiev. Elle est pour moitie Russophone et comporte des minorites Coreenes, Caucasiennes, ou encore Tatares (et non Tartares !!). Les avenues y sont incroyablement larges (2x3 ou 2x4 voies), ce qui donne une agreable sensation d'espace. Le metro, construit pour servir egalement d'abri antinucleaire (comme a Moscou) est d'une etonnante proprete et les stations d'une beaute et d'un design surprenant. Marbres, pates de verre, luminaires, coupoles, ceramiques et travail soigne denote par rapport au reste de l'Asie Centrale. Notre preferee etant la station Alisher Navoi. Un ticket coute 0,10 euro ce qui ne gache rien au plaisir !
La vie culturelle a Tashkent est interessante, et nous en avons profite pour assister a notre premier ballet : Le lac des cygnes. Dans une salle magnifique, nous avons contemple danseurs et danseuses evoluer dans des decors tres bien realises, aux trompe-l'oeil parfaits. Certes une ou deux receptions ont ete chancelantes, mais difficile de blamer lorsque l'entree en scene debute par 40 secondes de pointes, pour enchainer avec 40 secondes de sauts et pirouettes en tout genre. Ces messieurs, aux fessiers et aux cuissots hypertrophies, ne nous ont cependant pas gratifies de pointes, mais de passages aeriens epoustouflants. Toute cette vie culturelle reste accessible, le prix des places s'echelonnant de 1 a 2 euros la place.
Nous avons aussi teste quelques restaurants, coreen, chinois et autres burgers, qui nous changent un peu des chachliks et des soupes de mouton.
Tout en essayant de recuperer les visas necessaires a la suite de notre voyage (deja trois visites a l'ambassade d'Inde, et ce n'est pas fini...), nous contemplons l'architecture des batiments, des mosquees et des medersas. Nous avons visite la medersa Kukeldeash, datant du XVI eme siecle, restauree et qui accueille plus d'une centaine d'etudiants, tous des garcons ages de 16 a 20 ans. Elle est censee etre interdite aux femmes, mais pas aux touristes du sexe (tres) faible.
Voila six jours que nous avons laisse notre Tonic a l'ecurie et nous en avons profite pour faire un tour dans une petite clinique privee, recommandee par l'ambassade de France. Proprette, nous avons ete recus par deux generalistes (dont une parlant un parfait francais et travaillant pour medecin du monde) pour leur montrer des plaques rouges que Stef a developpees sur le ventre et dans le dos. Des le premier coup d'oeil, leur diagnostic tombe : il s'agit d'une banale mycose de la peau qui apparait generalement chez les sportifs fatigues. Nous ressortons rassures et au repos force pour plusieurs jours, ce qui tombe a pic dans notre planning. De plus, nous devons egalement recevoir des pieces d'usure de velo, qui arriveront de France dans quelques jours. Impossible en effet d'en trouver ici, n'etant dispo que des pieces du temps de l'ex-URSS, qui auraient parfaitement rendu service a Fosto Coppi.
Nous prenons le train cet apres-midi pour Noukous, a 1200 km a l'ouest (soit 23h de trajet) et reviendrons sur Tashkent fin de semaine prochaine.
Jeudi 2 Novembre

D'Osh a Tashkent
par
biketripalicefr
le jeu 02 nov 2006 12:05 CET
Asalam Aleykoum tout le monde !!
A Osh, apres avoir bien profite du bazar et de ses bons produits, nous sommes alles changer les Soms Krighizes qui nous restaient en Sums Ouzbeks. La plus grosse coupure en Sum, c'est un billet de 1000. Pas mal, me direz-vous. Ben si, tres mal, car 1 Euro vaut environ 1500 Sum ! Du coup, nous nous retrouvons avec plusieurs liasses de 100 billets et ne savons plus ou les mettre ! Difficile a dissimuler... et pour passer la douane sans probleme, mieux vaut ne montrer aucun signe exterieur de richesse. Du coup, on en planque de partout, mais on s'est tellement applique qu'on pourrait croire que Stef est enceinte !!! Nous remontons sur le tandem en direction d'Andijan, en Ouzbekistan. Enfin, c'est ce qu'on croyait. Comme d'hab, nous utilisons la technique du "3 avis identiques" pour choisir notre direction. Ben oui, au Kirghizstan, il n'y a pas de panneaux. Nous roulons et demandons confirmations de la route regulierement, et TOUT le monde acquiesce, "oui, oui, c'est par la". Le seul hic, c'est que la frontiere devait se trouver a 10 km des portes de la ville, et que nous en avons deja plus de 20 au compteur. Visiblement, il y a un petit probleme dans la plantation !!
Nous sortons cartes, guides, et pendant ce temps, un attroupement s'est forme autour du velo. Jeunes et moins jeunes, marchands, flics... tout le monde donne son avis, chacun tendant son bras dans une direction differente en assurant tous qu'elle mene bien a Andijan. Effectivement, tous ont raison, tous les chemins menent a Andijan, certains sont un chouilla plus longs, c'est tout ! En leur mettant la carte sous le nez pour le faire comprendre qu'ils nous prennent un peu pour des jambons, ils ne perdent pas leur sang froid et n'hesitent pas a pointer un trajet qui fait faire 90 kms de detours, mais qui mene bien a ladite ville, et ajoutent : "vous voyez, j'ai raison!". Incroyable... Bref, du coup, machine arriere, 30kms pour le roi de Prusse et arrivee a la frontiere vers 13h30. La, par chance, nous tombons sur un sympathique Ouzbek qui connait absolument tous les douaniers, et qui nous fait gagner un temps considerable dans les paperasseries. Nous y resterons tout de meme une bonne heure et demi, le temps de tout declarer, enregistrer, tamponner etc... Mais tout s'est bien deroule.
Les champs de coton sont de plus en plus nombreux et imposants, et de grands fils flottent dans le vent. Du coup, je m'en prends plein le casque, le visage et le corps, si bien qu'au bout de quelques heures, je me suis transforme en vrai cocon. Mignon, mais ca colle un peu. Sur la route, nous devons passer de tres nombreux barrages de police, 1 tous les 10 kms, ou nous sommes invites a nous arreter 2 fois sur 3. Les policiers sont tres sympa, la plupart du temps ils regardent a peine nos papiers et preferent discuter de notre voyage. Du coup, nous devons prevoir ces pauses forcees dans le planning, et en profitons a chaque fois pour manger et s'hydrater.
Arrives a Andijan, nous rejoignons un chouette hotel. Nous cassons la tirelire et prenons une chambre a 30$ pour une bonne nuit. L'hotel est tres propre, avec une lumineuse salle de bain equipee d'une vraie baignoire. Le lendemain, nous repartons pour Kokand, que nous comptons atteindre en 2 jours, pour bien profiter de la vallee. Petit stress cependant a l'hotel, car en tant que touristes nous avons besoin de nous faire enregistrer aupres des autorites (OVIR). Malheureusement ils n'ont pas l'air de comprendre ce qu'on leur demande, alors qu'ils sont censes faire la demarche eux-memes... Avant de partir, nous irons de nouveau a l'OVIR pour se mettre en regle, que de temps de perdu !
Sur la route, le soleil est revenu et le profil des etapes est de nouveau plat, ce qui nous fait du bien aux jambes. Malgre les 35*C au soleil, nous nous devons de rouler en long, et Stef voilee, la vallee du Fergana etant tres conservatrice. Les gens y sont accueillants et chaleureux, et deja nous devons decliner des invitations a manger ou a passer la nuit. Cette vallee est fertile et les autorites essaient de diversifier la (catastrophique pour l'environnement) monoculture du coton (extremement gourmande en eau), on y cultive maintenant mais, ble, arachides et de nombreux fruits. La moindre surface est cultivee. Le tout est irrigue par des canaux qui longent routes et chemins. Historiquement, des le 2eme siecle avant J.C., les grecques et les perses decouvrir des peuples prosperes vivants de l'agriculture. Il s'agit egalement d'un des principaux itineraires de la route de la soie. Aujourd'hui, la vallee est encore tres instable politiquement, Kirghizes et Ouzbeks s'accusant mutuellement d'heberger des terroristes. Emprisonnements arbitraires, raids et descentes de police sont encore d'actualite (derniere en date il y a 2 jours).
Alors que nous cherchons comment passer les canaux d'irrigation avec le velo et la remorque pour trouver un coin pour dormir, une famille nous invite a passer la nuit sur son terrain. Ce sera l'occasion de joyeuses discussion avec plusieurs generations, d'echange de photos et d'un frere Jacques d'anthologie, chante par la grand-mere sous le regard ebahi du reste de la famille. A noter que les jeunes, par volonte gouvernementale, ne parlent plus Russe, ce qui entraine des difficultes a nous faire comprendre.
Apres 90 km, nous voila a Kokand. Cette ville sent le chachlik comme ce n'est pas permis. Des vendeurs font griller du mouton a tous les coins de rue, produisant une epaisse et grasse fumee qui penetre profondement dans les narines et les mailles de nos vetements, et ce, des 6h du matin ! Le seul hotel de la ville est d'une salete repoussante et infeste de cafards mais nous finissons par trouver un appartement a louer. Nous y passons deux nuits pour un total de 25 heures de sommeil : on etait un peu fatigue !!!
En chemin pour Tashkent (ou nous sonmmes actuellement), la pluie, le vent, le froid, les deux tunnels a venir mal eclaires et la fatigue accumulee (et pas encore completement recuperee) depuis le debut ont eu raison de notre motivation. Avant d'etre completement trempes comme des soupes, nous tendons le bras pour nous faire prendre en stop dans un Kamaz (toujours les memes camions depuis la Russie). En deux temps trois mouvements le velo est charge a l'arriere et nous dans la confortable cabine. Nous la partageons avec les deux chauffeurs et un autre auto-stoppeur (en se serrant bien, on peut monter a 4 de front plus 2 ou 3 sur le lit derriere). Bonne ambiance, ca rigole et ca blague pendant pres de 2 h (de quoi passer un dernier col a 2200 m) entre deux Russes, deux Francais et un Ouzbek. Toutefois, a l'approche des barrages de police nous sentons une certaine apprehension chez nos trois compagnons et on nous demande de nous faire tout petit (le camion etant pourtant vide). A noter qu'ils changent souvent de conducteur et ceci tout en roulant ! C'est avec regret que nos routes se sont separees, eux vers Samarcande, nous vers Tashkent ou nous depasserons les 5000 km cumules depuis Moscou.
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