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Jeudi 11 Janvier

Fin du sejour en Iran
par
biketripalicefr
le jeu 11 jan 2007 12:21 CET
Ca va faire 1 semaine que cet article est en cours, mais il est tres difficile de trouver des connections ici, au Pakistan. Les ordinateurs sont deseprement lents, et les nombreuses coupures d'electricite n'arrangent rien. Apperemment, la majeure partie du courant est produit par des centrales hydro-electriques, et comme nous sommes en hiver, saison seche, les debits ne sont pas assez importants pour satisfaire la demande. Du coup, il nous est arrive plusieurs fois de perdre tout ce que nous avions ecrit, ce qui explique notre retard... Reprenons, donc pour la suite et fin de l'artcile :
De Langeh a Khamir
Apres une grosse journee de pedalage (120 km), nous arrivons enfin a Khamir. A peine sommes nous dans le centre qu'une voiture se met a notre hauteur :
"How are you Mister ?
- Fine thanks, and you ?
- Where are you from ?
- France.
- Where ?
- France.
- WHERE ?
- FRANCE ! FRANCAIS !
- Ah, Francais ! Where are you going ?
- We are looking for a place to put our tent.
- Come to my home !"
Une fois dans leur cossue maison, on nous demande ce que nous voulons pour diner : poulet ou poisson. Ne sachant que choisir nous interrogeons les 4 enfants, qui tous repondent en coeur : Poisson ! Au bout du compte, nous aurons le droit aux deux, et les enfants, eux, ne mangerons que du poulet ! Va comprendre Charles ! Avant le repas, Abdulwahad nous a fait faire une visite guidee de la ville, ainsi qu'un petit tour sur la plage. Il prend pour le plaisir, des cours d'anglais, ce qui nous facilite nos echanges. Il propose a Stef d'enlever son voile et nous glisse en rigolant : "je suis musulman, mais juste un peu. Chez moi, no problem, mais en ville problem". Pendant notre tour en ville, il a tenu absolument a nous acheter des canettes de biere sans alcool (l'alcool est interdit a la vente en Iran), en nous soutenant qu'elles sont fabriquees en Iran. Pourtant, en gros est inscrit sur la boite : made in Holland !
Apres une bonne soiree et une nuit reparatrice, nous prenons place autour de la nappe du petit dej, pour un regal de pain, de confiture a la carotte et de creme fouettee. Au moment du depart, sa femme nous offre une enorme boite de "nougats" a la pistache, alors que la veille, ils avaient refuse tous nos cadeaux.
De khamir a Laft
A une trentaine de kilometres de Khamir, il est possible de gagner l'ile de Qeshm par bateau. Sur l'embarcadaire de Bandar e Pol, nous nous faisons alpaguer par des "capitaines" de coques de noix, qui nous demande 5 dollars pour la traversee d'une quinzaine de minutes.
"5 dollars ?! C'est plus cher que pour le chateau d'If depuis le vieux port !! T'exageres !"
Pendant ce temps, un monsieur s'est approche pour nous dire qu'il peut nous faire passer gratuitement. Il possede des camions, qu'il emmene sur l'ile a l'aide de grandes barges. Ca nous arrange, car ca nous evite de decharger le velo. Pour monter sur les barges, les camions qui se disputent les places, se heurtent, se poussent, manquant d'ecraser le personnel, dans un chaos effrayant. La barge complete, nous nous faufilons entre 2 rangees : en route pour l'ile !
Laft a 7 km de l'embarcadaire d'arrivee, est censee etre le village le plus charmant de l'ile. Nous le traversons, et peu de traces de vie. Nous questionnons les militaires, qui nous repondent qu'il n'y a aucun magasins dans le village et qu'il faut aller a Qeshm, a 80 km. Surement ! Les habitants qui veulent leur pain frais, vont faire 80 km ! Le temps de faire une petite visite, d'admirer les chantiers de boutres (gros bateaux en bois) et d'une seance photo avec une dame a la bourqa imposante, les magasins du centre ont ouvert et nous trouvons 4 epiceries et 1 boulanger pour du bon pain tout chaud.
Pour la nuit, nous plantons notre tente sur le haut d'un colline avec une magnifique vue sur la maree descente dans le golfe persique, ses mangroves, sur les montagnes du continents, et sur les nombreux bagdirs. Nous declinons une invitation (la tente etait deja plantee), et avons la surprise de voir apparaitre deux renards a une quinzaine de metres a peine. Nous nous fixons mutuellement, et ne sommes peut etre finalement pas les plus curieux. L'un deux viendra meme gratter la toile pendant notre sommeil !
De Laft a Qeshm
Sur cette ile, qui ne compte que 5 malheureuses routes, nous trouvons le moyen de nous tromper de chemin pour rejoindre la ville principale. Il faut dire que nous ne sommes pas aide par les habitants qui ne connaissent rien de leur ile pourtant pas tres grande. La route est plutot monotone et, une fois a Qeshm,nous descendons dans un hotel jouissant d'une merveilleuse vue depuis les chambres, sur le golfe et l'ile d'Ormuz. C'est avec un grand etonnement, que nous decouvrirons qu'il est rempli de travailleurs du sous continent, venus renouveller leur visa pour Dubai.
De Qeshm a Bandar e Abbas
Pour regagner la metropole, nous achetons un ticket un peu au hasard, vu que le vendeur ne pipe mot d'anglais. Sur la jetee, un hommes arrive et nous demande : "Gros ou petit bateau." Nous n'en savons rien. Il s'avere que nous possedons un billet pour les fameuses coques de noix. Pas tres rassures, nous chargeons quand meme le tout. Nous lui demandons combien de temps prend la traversee. Il nous repond : "30 a 40 minutes inch Allah". Comment ca ? Et si Allah inch pas, qu'est ce qu'on fait ? On coule ? Parce que nous savons nager certes, mais le velo lui, pas si sur ! La barquasse saute sur les vaguellettes et l'emaillage du cadre et de la remorque souffrent...
Nous accostons a Bandar e Abbas la sulfureuse. Lieu des trafics en tout genre (voiture, hi-fi, drogue...), ou il ne fait pas bon trainer la nuit. En outre, la ville possede une gigantesque mosquee (dans le style de l'Amir Chakhmaq a Yazd) dont la construction est stoppee, depuis plusieurs annees, pour cause de non respect des normes sismiques. Apres une visite de quelques heures, nous achetons des tickets de bus pour Zahedan. Depart a 16h et arrivee prevue a 8h le lendemain matin.
Nous arrivons a 4h30 du matin, au lieu des 8h00 annoncees par le vendeur, ce qui nous agace quelque peu, vu que nous aurions pu quitter Bandar e Abbas 2 heures plus tard, et nous eviter d'attendre dans le froid de Zahedan. Nous sommes deja loin du golfe, et les temperatures ont degringole. De plus, la gare routiere n'est pas le lieu ideal, vu la reputation de la ville. Nous apprenons assez vite qu'il n'y a plus de bus pour la frontiere, ce qui va nous obliger a prendre un taxi qui accepte notre monture... Un vieux monsieur, parlant anglais, parmi une foule d'autres presonnes, nous accostent, et nous propose son pick-up, pour un prix raisonnable. Hop, le velo charge, nous partons en diretion du Pakistan.
Space Caravane
Il ne s'agit absolument pas de caravanes de l'espace, mais bien de dromadaires qui transportent de la drogue dans le desert entre Zahedan et Kerman ... Pour ne pas se faire attraper, les trafficants habituent ces betes a bosse a un trajet donne, en ne les nourrissant qu'en certains points. Charge de d'heroine ou autre en provenance d'Afghanistan, ils traversent le desert jusqu'a Kerman ou autres villes d'ou leurs chargements sont expedies ailleurs. La lutte est alors tres complique pour les autorites iraniennes, qui ne peuvent arreter tous les chameaux qui dambulent dans ces immensites de sable et de cailloux.
Zahedan
Plaque tournante du trafic de drogue depuis l'Afghanistan vers l'Europe, Zahedan n'est pas un lieu plaisant pour le voyageur. Une drole d'atmosphere y regne et on sent les gens tendus. Citez le nom de cette ville n'importe ou en Iran et tout le monde vous repondra qu'il ne faut pa y aller, ou du moins qu'il faut y faire tres attention. C'est dans cette zone qu'en 99 et en 2003 deux couples de cyclistes ont ete pris en otage. Les ravisseurs demandaient une rancon equivalente aux 2 saisies que les policiers Iraniens avaient faites quelques jours auparavant. Cependant, les conditions de detention des otages ont toujours ete, selon eux, excellentes et agreables !
Nous arrivons a 4h30 du matin, au lieu des 8h00 annoncees par le vendeur, ce qui nous agace quelque peu, vu que nous aurions pu quitter Bandar e Abbas 2 heures plus tard, et nous eviter d'attendre dans le froid de Zahedan. Nous sommes deja loin du golfe, et les temperatures ont degringole. De plus, la gare routiere n'est pas le lieu ideal, vu la reputation de la ville. Nous apprenons assez vite qu'il n'y a plus de bus pour la frontiere, ce qui va nous obliger a prendre un taxi qui accepte notre monture... Un vieux monsieur, parlant anglais, parmi une foule d'autres chauffeurs, nous accostent, et nous propose son pick-up, pour un prix raisonnable. Hop, le velo charge, nous partons en diretion du Pakistan ! Adieu l'Iran et ses habitants si hospitaliers, ses incroyables mosquees et mausolees, sa bonne cuisine et les belles routes asphaltees, et bonjour le Pakistan, dont nous ne connaissons pas grand chose a vrai dire...
Vendredi 5 Janvier

Petits oublis
par
biketripalicefr
le ven 05 jan 2007 15:49 CET
L'article precedent a ete suffisamment long pour ne pas en rajouter. Cependant, nous avons omis quelques details, que nous livrons dans celui-ci !
Tout d'abord, en arrivant a Asaluyeh, deux voitures avec 7 ou 8 personnes dedans (dont de nombreux enfants), completement hysteriques, nous ont obliges a nous arreter sur le bord de la chaussee.
"C'est vous ! C'est vous !
- Euh... C'est nous quoi ??
- On vous a vu a la tele de Bushehr !! On peut prendre des photos ??"
Nous revoila partis pour une seance, avant d'etre invites chez eux. Malheureusement, leur village se trouvait a 50 km, dans les montagnes, et nous en avions deja faits 98... Ce n'etait donc pas possible.
Un peu plus loin, en arrivant dans la ville, nous cherchions un endroit pour nous poser, ou meme un hotel, car nous en avions entendu parler. Apres quelques tours infructueux dans le centre, malgre les demandes aux passants, un monsieur, nous dit que l'hotel est trop cher, mais que lui est la pour nous aider. Il travaille pour une grosse entreprise de petrochimie, et parmi ses nombreuses casquettes, il a celle de loger les travailleurs qui viennent sur les sites off-shores et on-shores du coin. Il gere donc 2 guest house. Il nous dit :
"Poser votre velo dans ce local (ferme a clef), et vous pouvez loger dans cette guest house. Et puis non. Celle-ci est pour les Iraniens, j'en ai une autre mieux pour les occidentaux !"
Nous lui affirmons que la moins bien des deux nous suffit amplement, et que nous ne voulons pas le deranger davantage. Il insiste, et nous conduit dans une maison luxueuse et d'une proprete remarquable. C'est un homme qui l'entretient ! et attention aux boites de mouchoirs si elles ne sont pas replacees pile au milieu de la table...
Dans cette maison, nous avons fait la connaissance de quelques ingenieurs Iraniens (pendant les fetes, pas d'occidentaux), et nous avons eu de tres interessantes discussions techniques. Sur ce, ils nous ont invite au fast food, mais quel fast food ! Pizzas, frites, salades, tout ce dont nous n'aurions pas pu nous payer, sous peine de sortir du budget... En fin de repas, un inge me dit :
"Tu manges vite pour un Francais !" (j'ai fini le dernier, mais pas de beaucoup).
Mais ce qu'il ne savait pas, c'est que j'avais mis le turbo a m'en rendre malade !! Ensuite, il nous ont fait faire un tour de la ville by night.
Asaluyeh est tres etrange, car la majorite des gens n'y sont que pour quelques semaines, pour des missions bien precises et souvent stressantes. Drole d'atmosphere...
Sinon, si quelqu'un a sa pierre de rosette, nous aimerions avoir votre avis sur ce cours texte, vu a Shiraz (http://fr.pg.photos.yahoo.com/ph/fond374/detail?.dir=37e0re2&.dnm=81a9re2.jpg)
"Le drapeau, designe pour les jeux olympiques internationaus pour l'annee 2008, dans un metaphore urbain, a la presence du representant autorise du programme de faire asssoiement des hommes des nations unies.
(UN-HABAITAT) et a la presence des fonctionnaires renommes de la republique islamique d'Iran et des peuples aimables et emprisent de la culture de la ville de Shiraz, la capitale culturelle de l'Iran antique, a ete remis en flotter. En souhaitant aue cette premiere olympia soit etre l'indicateur pour la vie mieux les peuples du monde."
Mercredi 3 Janvier

De Bushehr a Bandar e Langeh
par
biketripalicefr
le mer 03 jan 2007 15:00 CET
Partis en debut d'apres-midi de Busher, nous filons vent dans le dos, le long du golfe persique vers le sud-est. Apres 2 heures et demi de route, nous nous faisons arreter par une voiture (a Delvar) dont le chauffeur veut nous inviter chez lui, dans le village suivant. "L'offre" nous tente bien, mais il y a un probleme ; a la question : "Etes-vous maries et avez-vous des enfants ?", il nous repond non. Et, a vrai dire, nous sommes un peu refroidis avec les hommes iraniens non maries... Ils ont, comment dire, quelques problemes avec leur zigounette, ce qui les rend un peu trop collants et entreprenants, surout dans la region de Bushehr (voir article sur Bushehr : http://biketrip.aliceblogs.fr/blog/Iran/_archives/2007/1/1/2611460.html#post_comment). Nous declinons. A peine en selle, une seconde voiture s'arrete, et on nous invite a nouveau. Ce coup-ci, le monsieur, Hassan, a bien une famille, mais habite a 30 ou 40 km de la, derriere une petite montagne de surcroit. Mais comme nous l'entendons souvent ici : "No problem". J'ai mon beau-frere qui habite Delvar, vous pouvez y laisser le velo et la remorque, et je vous enmene en voiture a Tangestan". Ah bon... ben d'accord alors... Nous passons chez le beauf, y prenons un the avec un beau plateau de fruits (bananes, oranges, et carottes !), puis il nous conduit chez lui. Avant cela, il nous fait un detour "touristique" pour nous montrer des sources chaudes, souffrees, dans lesquelles se baignent quelques locaux. Sympa ! Ensuite, nous allons dans la famille de sa femme, ou nous prendrons le repas, avant d'aller chez lui passer la nuit.
Comme il se fait ici, la maison est remplie de cousins, de freres, de soeurs, de bebes, de tantes, enfin tout ce qu'il faut pour mettre une bonne ambiance et une bonne animation. Hassan, qui parle un peu anglais, fait l'interprete. On plaisante, on discute, le courant passe tres bien, et tres vite. On nous demande ce que nous voulons pour diner. Ne nous faisons pas les difficiles, et retournons la question. Au final, nous aurons des crevettes, du poulet et riz, accompagne d'un jus de grenade, le tout dans des quantites gargantuesques. Heureusement, le velo nous permet d'ingurgiter des portions demeusurees, ce qui ravit les cuisinieres, et notamment la grand-mere. C'est affolant ce que l'on peut faire rentrer dans nos estomacs, nous n'en revenons pas nous memes. Les dattes de la region sont succulentes. Tellement sucrees qu'on dirait qu'elles sont confites, mais je dois avouer, que notre preference va a celles de Bam (fondantes), mais chut ! il ne faut pas le dire ici...
Tout le monde est a l'aise, et la famille insiste pour que Stef enleve son hidjab, non pas par voyeurisme, mais justement parce que tout le monde est detendu, et ils savent bien que ce n'est pas dans nos habitudes de vivre avec un foulard sur la tete. Ledit foulard demande une vigilence de tous les instants a "l'occidentale" pendant le repas, afin qu'il ne se transforme pas en bavette, au riz et a la sauce a la grenade. Nous tombons de fatigue, et Hassan nous propose de partir. A ce moment, une des jeunes filles qui avait beaucoup blague avec Stef va dans se chambre et revient avec un manteau dans les bras (le terme de manteau, ici, designe une sorte de tunique qui descend jusqu'aux genoux, et qui est cense masque les formes du corps ; celui-ci est bien cintre, hehe). C'est un cadeau ! Nous refusons 3 fois, et finissons par accepter.
Chez Hassan, on nous prepare un couchage, au sol, sur un tapis. Nous trouvons le sommeil en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Le lendemain, Hassan nous presente ses parents, notamment son pere, 103 ans. Il a tout connu, les Shahs, la revolution, les guerres... Nous prenons le petit-dejuener ensemble, avec au menu, de la delicieuse confiture a la carotte (en concurrence directe avec celle aux petales de rose d'Espahan, tout aussi succulente). La famille insiste pour nous garder une journee de plus, ou au moins pour le repas du midi, mais nous devons partir, les kilometres ne se font pas tous seuls, et c'est bien 2 ans qu'il nous faudrait pour faire notre voyage si nous nous arretons dans tous les endroits sympas. C'est avec un petit pincement au coeur que nous prenons l'auto, direction Delvar, pour recuperer le velo. En chemin, l'horreur s'est produite quelques minutes avant notre passage. Un (ou 2, nous n'avons pas bien compris) enfant de 6 ou 7 ans s'est fait renverse (le terme est bien trop faible) par un camion roulant probablement a vive allure. Les femmes de sa famille et du village sont la, pleurant, hurlant et poussant des cris dechirants. Certaines ne tiennent plus debout et s'affalent au sol. Des hommes se prosternent, d'autres sont allonges par terre, comme paralyses par le chagrin, la rage... La scene est insoutenable, et les 2 ou 3 secouristes ne savent plus ou donner de la tete. Pour le petit, il est deja trop tard, reste a gerer la detresse des plus grands.
Tout ca nous rappelle que la vie ne tient qu'a un fil... Raison de plus pour en profiter pleinement, et d'arreter de se faire la guerre pour un oui, pour un non...
Le soleil est bien present, et la temperature nous ramene quelques mois auparavant. Il fait entre 20 et 25 degres a l'ombre, et notre peau reprend tres vite des couleurs. La journee se passe bien, meme si, forcement, nous gambergeons et pensons a cette fichue couverture sur ce corps d'enfant. Nous restons cependant mefiants lorsque nous croisons des jeunes sur des motos. Justement, a contre sens, 5 motos avec 2 ou 3 personnes sur chaque arrivent en contre-sens. Elles font demi-tour et foncent pour nous rejoindre. Pas vraiment inquiets, mais pas vraiment non plus dispos a repondre aux questions idiotes d'ados excites, nous pensons : "pfff..." Une voiture derriere nous a vu la scene, et avant que les motos arrivent a notre niveau, elle s'arrete. 1, 2, 3, 4, 5, 6 puis 7 jeunes adultes en sortent, et se postent au milieu de la chaussee. Il ne manquait plus que ca ! A notre plus grande surprise, ils nous font de grands sourires, et nous font signe de continuer, sans meme mettre pied a terre. En revanche, ils arrentent les motards, et leur demandent de ne pas nous suivre !! Ils attendront un bon quart d'heure, pour etre sur qu'ils ne reviennent pas. Pendant ce temps, nous poursuivons notre route, et il nous rejoingnent quelques km plus loin. Ils nous escortent par la suite pendant encore une bonne dizaine de kilometres ! Nous ne saurons jamais ce que nous voulaient les motards, surement pas grand chose, mais c'est certainement mieux ainsi. Arrives a leur village, ils nous donnent un papier avec leur numero de portable et celui de police, "au cas ou" comme ils nous disent.
Une demi-heure plus tard, nous nous arretons dans un micro village, a l'ecart de la route, pour passer la nuit. Nous sommes regardes comme des betes curieuses, mais avec bienveillance. Nous demandons a la mosquee si nous pouvons planter notre tente sur son terrain, mais deja un attroupement s'est forme. Un voisin nous propose alors de dormir chez lui, juste en face, a l'abri des regards.
Le lendemain, une fois encore, on nous propose de rester pour le midi, mais nous comptons bien avancer, et c'est avec un grand soleil, de plus en plus chaud, que nous gagnons Dayier, une grosse centaine de kilometres plus loin. Le fait marquant du jour ? Alors que nous n'etions plus qu'a un quinzaine de kilometres de ladite ville, une voiture nous demande de nous arreter, ce que nous faisons, c'est (presque) toujours sympa de papotter quelques minutes, et ca nous fait une pause. Coincidence, il s'agit de journalistes, les collegues de ceux qui voulaient nous filmer a Bushehr ! Je leur montre le mot de leurs homologues. Ils font leur sujet, nous prennent en train de rouler, nous interviewent, et le responsable, Hassan... nous invite chez lui ! Le hic, c'est qu'il y a un fort vent de face, et que nous sommes plutot lent. "No problem", le leightmotiv iranien, pendant 20 minutes il roulera devant nous a 18 km/h pour nous enmener dans sa maison, en face de la mer !
Superbe maison, quoique en travaux, avec TV par satellite (donc chaines francaises !), machine a laver (genial !) et douche spacieuse (un regal). A peine arrive, il nous prepare un gros repas, avant de nous laisser nous reposer quelques heures. Ensuite, pour la soiree (sa femme etait a Bushehr, voir son papa), un de ses amis, Hossein (prof d'anglais) et 3 cousines et amies sont arrives, pour, encore une fois un repas digne de ce nom... Mais surtout, ce qui est a noter, c'est l'ambiance extraordinaire qui regne, et qu'il ne m'est pas vraiment possible de retranscrire avec de simples mots. On a rigole (beaucoup beaucoup), on a echange, on a compare, on a refait leur monde, puis le notre, et ce n'est que le sommeil qui a eu raison de cette veillee qui restera gravee dans nos memoires. Une fois de plus, ils nous ont demande de rester pour le jour suivant. Nous avons fini par refuser, mais on ne sait pas vraiment pourquoi finalement (on n'est pas a un jour pres !), et on le regrette... mais c'est ainsi, et peut-etre qu'on se recroisera (l'espoir fait vivre !).
C'est d'autant plus bete que le jour suivant, un vent a decorner les chameaux (ah non, ca va pas), a decorner les chevres (hautes sur pattes ici), qui nous vient de cote, nous oblige a arreter de pedaler apres un peu plus d'une heure de route, pour ... 15 km ! Nous nous disons que nous aurions vraiment mieux fait de rester chez Hassan, quand une voiture se met a notre niveau. C'est un prof, qui nous invite chez lui, a son tour. Dans sa maison, sa femme et son fils nous accueillent autour de fort-bons morceaux de poissons du golfe. Apres un debut d'apres-midi de repos, Abbas sort son jeu d'echec et appelle son voisin. 2 parties acharnees seront disputees, avec, au final : Iran 1 France 1, mais ils s'y sont mis a 2 pour la revanche !
Pour rattraper les kilometres non parcourus de la veille, nous en faisons 120 pour atteindre un village sans nom, meme pas sur les cartes. Nous avons passe la journee dans un paysage grandiose de rochers, de montagnes, avec vue sur le golfe. Cette route est vraiment magnifique, et peu circulee de surcroit, c'est un vrai bonheur pour les cyclistes. Lorsqu'un camion nous double, le souffle cree transforme Stef en lezard a colerette avec son hidjab qui se releve... ou alors il se colle sur son visage, hihi...Il est rigolo de constater que, malgre la chaleur, les motards roulent quasiment tous la tete embobinnee dans des foulards, notamment les fameux motifs rose et blanc que les journaux televises nous montrent portes sur des Irakiens. Du coup, au debut nous n'etions pas rassures. Ne voir que les yeux noir-profond depasser de ce morceau de tissu diabolise par nos medias, brrr, ca fait froid dans le dos. En fait, nous nous rendrons vite compte que c'est juste pour se proteger des courants d'air ! Il est certain qu'un casque ne serait pas plus mal, mais ceci "ne nous regarde pas" dixit les Inconnus. En chemin egalement, une bande d'ados en moto (6 motos en tout), fait demi-tour pour venir a notre rencontre. Assez vite, ils se mettent a nous tourner autour, nous empoisonnant l'existence, tant par leur comportement, que par le bruit et l'odeur de leurs 2 temps. Et puis l'un d'eux cherche a attraper le drapeau de la remorque, un autre une de nos bouteilles d'eau. Bon, ben il faut reagir. Je gare le velo en catastrophe le long de la chaussee, pendant que Stef me sort la matraque telescopique que le plus vieux de mes beaufs (un policier, hehe) m'a confiee avant notre depart. D'un coup de poignet sec (comme il me l'a montre), l'engin se deplie dans un cliquetit caracteristique. Effet boeuf, les gamins disparaissent, et nous les reverrons jamais. Il faut dire que de loin, on ne sait pas vraiment si cette matraque est tranchante, piquante, et elle ne donne pas vraiment envie d'en savoir plus d'ailleurs... Un peu plus loin, un autre ado en moto nous casse les pieds. La matraque etait malheureusement rangee, et il a profite d'un moment d'inattention pour effleurer la poitrine de Stef. Decidement, ils ont vraiment un probleme avec tout ca. Evidemment, il a prit la poudre d'escampette, et il nous etait impossible de le suivre avec le velo. J'ai cru qu'il faisait demi-tour, et je l'ai attendu de l'autre cote de la route matraque deployee pour lui tirer les oreilles, mais le pleutre n'en avait pas eu le courage. Nous avons bien croise une roulotte de police un peu plus loin, mais le temps que le bonhomme emerge de sa sieste, nous avions decider de decamper.
Nous nous hissons au niveau d'une cahutte dans les champs, pour demander si nous pouvons planter la tente (ces temps-ci, on n'arrive plus a la sortir !). Les jours se suivent et se ressemblent : une voiture s'arrete, et un homme nous propose : "j'ai une petite cahutte a 7 ou 8 km, je vais chercher les clefs, et je vous retrouve sur le bord de la route un peu plus loin". Ok, ca a l'air d'etre un bon plan. Sauf que jamais nous n'avons reussi a nous retrouver. Sommes-nous alles trop loin ? Trop lentement ? Trop vite ? Toujours est-il que la nuit va tomber et qu'il nous faut trouver un endroit. De l'autre cote de la route, un homme enturbanne dans son foulard noir et blanc nous regarde. Je vais a sa rencontre, et en 2 minutes... nous sommes invites a dormir dans ce que nous croyions etre sa maison. En fait, c'etait celle du beau-frere de sa femme, mais ca n'a pas vraiment d'importance ici. Le beauf en question (un prof encore !) sera juste un peu surpris a son arrivee, mais tres content de voir nos tetes de francais. Si nous avions eu l'habitude d'ingurgiter des quantites astronomiques de nourritures jusque la, dans cette famille nous avons battu tous les records. Fruits pour commencer (c'est l'habitude en Iran), poulet en veux-tu en voila, et une platree de riz de dingue ! Heureusement que nous mangeons par terre, ainsi, nous n'avons plus qu'a rouler pour atteindre les edredons qui nous servent de lit. La soiree se deroule pour le mieux, avec une bonne trentaine de gens qui passent voir les etrangers. Il nous est plus difficile de nous faire comprendre (personne d'anglophone), mais notre phrase book en Farsi nous sauve la mise. Et puis ils sont tres contents de nous voir barragouiner dans leur langue, et nous felicitent de nos (pourtant pas enromes) efforts.
Au petit-dej, dans la continuite de la veille, nous serons servis comme des ogres, avec ash (soupe aux lentilles vertes du Puy, euh non, pas du Puy...) et une autre assiette, sorte de soupe avec du ble et des morceaux de viande (voir les photos sur http://fr.pg.photos.yahoo.com/ph/fond374/album?.dir=ad07re2&.src=ph&store=&prodid=&.done=http%3a//fr.pg.photos.yahoo.com/ph/fond374/my_photos). Plus de la confiotte a la carotte, tout cela est tres bon pour ce que l'on a, mais definitivement, je deconseille a quiconque de visiter l'Iran autrement qu'a velo, sous peine de repartir avec une bonne dizaine de kg supllementaires (remarquez que ces kg la ne sont pas taxes par les compagnies aeriennes, alors finalement...).
Vent favorable, nous roulons pendant 5 heures pour 125 km, et rejoignons un nouveau village sans nom, dans lequel nous passerons la nuit dans une petite salle attenante a la mosquee, que les gens du village nous ont proposee. Ca tombe tres bien, nous souhaitons nous coucher tot, ce qui n'est pas possible dans les familles. Aussi, il nous faut preparer la suite, et c'est avec un grand plaisir que nous pouvons le faire, au calme. Dans le village, une petite echoppe confectionne de savoureux gateaux, type corne de gazelle. On s'en empiffre un bon kilo, et nous avons bien fait, car le lendemain matin, les fourmis auront pris possession des 5 derniers qui restaient. Par contre, depuis Espahan, nous ne retrouvons plus de Halva aussi bon, j'espere qu'on en aura a Bandar a Abbas !
Ca y est, nous arrivons a la fin de cet article qui me lessive, avec l'arrivee justement a Bandar e Langeh. Encore des paysages magnifiques, dignes de l'Islande, et un soleil toujours plus chaud. Ma montre indique 38 degres, en plein cagnard... Ce qui change ici, c'est qu'il n'y a plus que des Persans, mais aussi des Arabes, des Baloutches, des Africains... Du coup, suivant les communautes, les femmes s'habillent tres differement. Les tchadors tout noirs sont concurrences par des couches superposees de voiles multi-colores, et les hidjabs par des burqas vraiment speciales. Il s'agit de masques, en je-ne-sais-trop-quoi (acier, carton ?) qui recouvre le nez, les levres et une partie du front. Ca fait comme un masque quand on s'est casse le nez. Les femmes Arabes ont aussi parfois des voiles qui ne laissent visibles que leurs yeux. Meme si Langeh n'est pas reputee pour sa cuisine, nous y mangeons de bons poissons et crevettes, ainsi que des glaces a l'eau de rose. On a l'impression de manger une glace au loucoum, c'est rigolo... Langeh possede egalement des plages, qui pourraient etre belles, si elles n'etaient polluees par toutes sortes d'emballages en plastique. De toute maniere la baignade etant interdite, nous n'aurions pas pu en profiter, et nous preferons pique-niquer sur les plages desertes plutot que sur celles des villes...
Nous reprenons bientot la route pour Bandar e Abbas, l'animee...
Lundi 1 Janvier

Les maisons : de l'interieur a l'exterieur
par
biketripalicefr
le lun 01 jan 2007 15:47 CET
BONNE et HEUREUSE annee a TOUS, que vos projets se realisent !
Comme en Ouzbekistan, les maisons sont tres souvent entourees de hauts murs et de lourd portail en acier. Lorsque la famille en a les moyens, la facade la plus visible ainsi que la cour sont carrelees ou pavees. Il faut se dechausser pour rentrer dans les grandes pieces rectangulaires recouvertes de moquette surmontees d'immenses tapis, et d'enormes coussins sont disposes le long des murs pour que chacun puisse prendre son aise.Quand nous dormons chez l'habitant, c'est toujours dans la piece principale et a meme le sol, les lits etant tres rares. Il n'y a pas ou peu de meubles et le poste de television qui capte souvent les satellites du monde entier (bien que ce soit interdit) trone a meme le sol. A noter : qu'une partie des emissions iraniennes sont tournees aux USA ce qui leur permet d'eviter la censure. Les femmes par exemple n'y portent pas le voile.
A l'heure du repas, un bout de toile ciree est posee sur le tapis pour faire office de table, attention de ne pas mettre ses pieds dessus ! Le the est regulierement servi et en quantite, meme si le cafe soluble gagne peu a peu du terrain. Pour plus de commodites, il est prepare dans de grands thermos qui sont utilises a volonte tout au long de la journee. Ils boivent le the tres sucre, et le sucre se presente sous 2 formes differentes : en poudre, que l'on met directement dans son verre, ou, en gros "pain" , en forme de suppositoire de 50 cm de haut pas tres esthetique, qui est brise (on ne sait pas encore comment) et dont les morceaux servent a faire des canards. Il est tres rare pour nous de pouvoir acceder a la cuisine et donc a la preparation des repas du fait qu'on soit des invites.
Dans le nord et le centre, comme il y fait froid, les maisons sont chauffees a l'aide de poeles a gaz dont l'efficacite est plus que mediocre, ce qui ne leur pose pas de probleme vu le prix du m3. Dans le sud, ils possedent juste des petits chauffages d'appoint qui ont la mauvaise idee de fonctionner au kerosene, l'odeur est particulierement desagreable et l'utilisation pour nous est superflue vu qu'il fait doux dans les maisons dans cette partie du monde meme en hiver. Mais eux, habitues aux tres grosses chaleurs sont vraiment frileux.

La police
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biketripalicefr
le lun 01 jan 2007 15:33 CET
Des qu'une voiture de police nous croise, elle s'empresse de faire demi tour pour nous "arreter". Ce qu'ils veulent, c'est se faire photographier avec le velo et nous, mais aussi regarder le passeport de Stef ou sur la photo elle ne porte pas de Hidjab. Pour eux, c'est tres existant de voir une etrangere la tete nue.
Ils ont tres peur pour nous, et nous disent sans arret que les routes sont dangereuses et qu'il faut faire attention. Il nous est arrive qu'ils nous escortent sur plusieurs dizaines de kilometres pour nous eviter d'etre importunes par les motards. Un midi, le jour de l'Eyd (L'Aid), ils nous ont invite pour le dejeuner, platree de riz et mouton au jus de grenade, delicieux ! Que c'est agreable d'avoir une police non corrompue !

Bushehr
par
biketripalicefr
le lun 01 jan 2007 13:17 CET
Apres un peu plus de 300 km, au travers de magnifiques montagnes, nous gagnons le sud, le soleil, et Busher. Des l'oree de la ville, nous nous faisons enquiquiner par un motard qui ne voulait pas nous lacher la grappe, en plus, il faisait des gestes obscenes en douce a Stef. Heureusement, un barrage de police le fit fuir. Une fois dans le centre, nous passons au poste de police pour recuperer une autorisation de dormir dans les hotels bon marche. C'est etrange, mais ici, c'est ainsi. Nous partons a l'assaut du premier Mosarferkhuneh, d'ou nous nous faisons refouler en quelques mots. J'insiste, lourdement, mais pas moyen ils ne veulent pas de nous. J'arrive quand meme a les convaincre de nous montrer un autre etablissement. 2eme Mosarferkhuneh, meme punition, mais le type est encore plus desagreable. Bon, retour a la case police. Entre temps, un jeune etudiant en maitrise d'anglais (qui faisait son service militaire au commissariat) nous permet de nous faire comprendre. Apres quelques coups de telephone, il nous emmene vers le 3eme et dernier Mosarferkhuneh de la ville, qui apres maintes negociations nous accepte enfin (ils avaient peur qu'on leur salisse leur chambre, faussement propres). Finalement, nous sympathiserons avec les papis qui s'en occupent, et echangerons quelques billets de banque de collection.
Le comportement des gens a Busher tranche avec le reste de l'Iran : nous sommes mal venus et /ou mal recus. Au cafe internet des images pornographiques trainent sur les PC, qui comportent tous des liens directs a ce genre de site. Cette ville est decidement glauque en plus d'etre moche : ca tombe bien, c'est la que nous allons passer Noel... Heureusement, nous avons rencontre un Monsieur extraordinaire : le directeur d'un des plus grands laboratoires de recherche du CNRS (plus de 300 chercheurs). Il s'agit d'un laboratoire de cosmologie (Waouh !), celui-la meme qui inventa internet, il y a une trentaine d'annees. Marc est venu, entre deux savants calculs et un suivi de doctorants, passer deux journees de repos loin de Teheran, la frenetique, et glaciale de surcroit. Nous passons deux agreables soirees a parler etoiles, medias et voyages. Dans l'apres midi, nous nous faisons alpaguer par une radio locale qui nous a interviewes sur des sujets aussi etranges que : Qu'est ce que la chance selon vous ? Et dans votre pays ? Quel message souhaiteriez vous faire passer aux jeunes iraniens ? etc ... Tant de questions difficiles a repondre en quelques secondes, et qui nous embarrassent un peu, d'autant que nous aspirons a un peu de repos, apres tous ces km en velo...
Autre note positive : nous nous sommes faits plaisir avec les patisseries, en particulier les madeleines (toutes chaudes, juste sorties du four) et les choux a la creme (creme fraichement battue SVP) dont nous nous sommes faits des ventrees. C'est ca l'avantage de rouler 4 a 5 heures par jour : on peut se remplir le ventre exagerement plusieurs fois par jour sans crainte !
La sortie de la ville
Au moment de sortir de la ville, nous nous arretons acheter 4 chicken burgers Iraniens en prevision de notre dejeuner, et enfourchons notre "3 roues" pour longer le golfe persique. En chemin, nous nous faisons arreter par la tele qui nous demande de leur consacrer 1 ou 2 heures pour un sujet sur nous. Nous declinons en justifiant par un manque de temps. Ils n'en demordent pas et nous donnent l'adresse de leur antenne a Kangan ou nous devons passer dans quelques jours. Pas meme 5 km plus loin, nous nous faisons de nouveau stopper par des journalistes en quete de scoop. Interview, enregistrement des voix... Les jeunes femmes nous demandent ce que nous avons pense de leur ville, et nous leur repondons sans concession, d'autant que quelques minutes auparavant des ados en moto avaient tente de voler ce qui depassait de la remorque. Surprises, elles se confondent en excuses et nous invitent chez elles. Nous ne savons pas vraiment ce qu'elles veulent faire de cet enregistrement, mais nous n'avons qu'une envie : rouler au bord de l'eau ! C'est parti...

Les petites particularites de l'Iran
par
biketripalicefr
le lun 01 jan 2007 13:00 CET
Ici, comme partout ailleurs, il y a des petites choses qui different de chez nous. Ces petites choses, si elles n'ont pas de consequences facheuses, font sourire, ou reflechir, ou necessitent une adaptation, jusqu'a l'integration, apres quelque temps, dans le quotidien...
Rial ou Toman ?
Commencons par les pepettes. La monnaie officielle de l'Iran est le Rial. Il en faut 12 000 pour faire un euro. Jusque la, rien de tres complique. La plus grosse coupure etant de 20 000 rials, tout le monde se trimballe avec des grosses liasses encombrantes dans les poches. Bon, la encore, avec l'Ouzbekistan et le Turkmenistan, nous en avons l'habitude. Mais d'ou vient le hic alors ?? En fait, personne ne parle en rial, mais en toman. Qu'est-ce qu'un toman ? C'est 10 rials. Il s'agit "juste" d'enlever un 0 a toutes les sommes en rials. Par exemple, un kg de halva vendu 15 000 rials, sera annonce par le vendeur 1 500 (sous entendu toman). A nous cependant de comprendre qu'il nous parle bien en toman, et de bien regler 15 000 rials. Parce que les tomans n'existent pas. Il n'y a pas de billets qui portent cette inscription, c'est seulement de l'oral... C'est clair ??
Autre schmilblick monetaire, l'Iran est en dehors des systemes bancaires internationnaux (a cause de l'embargot ??). Du coup, impossible de se servir de sa visa ou de sa mastercard, ainsi que des travellers cheques, qui peuvent etre laisses a la maison. Il y a pourtant bien des distributeurs de billets un peu partout, mais seules les cartes iraniennes y sont acceptees. Ironie du sort, les dollars sont roi en terme de monnaie d'echange...
Ni oui ni non
Il nous aura fallu un moment pour comprendre ce que siginifie le geste suivant : un (et un seul) hochement de tete vers le haut, accompagne d'un "ntun" produit par la bouche (le meme que nous faisons 2 ou 3 fois pour signifier "non"). C'est tout bete, ca veut dire "non", mais c'etait pas evident a definir les premieres fois.
Un peu dans le meme genre, les regles de bienseance dans la region imposent de refuser 3 fois tout ce qu'on vous offre, afin de permettre a l'interlocuteur de sauver la face s'il n'a pas les moyens de reellement offrir ce qu'il tend ou ce qu'il avance. Par exemple, il nous arrive regulierement que les restaurateurs, a la fin des repas, refusent notre argent. Si nous insistons (une seconde fois), ils prennent les billets, et c'est tout naturel dans leurs moeurs. Aussi, lorsque l'on nous propose de nous herberger ou lorsque l'on nous tend des cadeaux divers et varies, nous refusons 3 fois, avant d'accepter...
J'aimerais bien, dans ma salle de bain...
Pour entrer dans une maison, on doit se dechausser. Du coup, pour aller aux toilettes (tout le temps turques), afin de ne pas mettre les pieds nus ou les chaussettes sur la faience, sont disposees a l'entree une paire de claquettes (rarement a la bonne taille). Il en va de meme pour les salles de bain, qui, ne comportant pas de bac a douche mais un trou central pour l'evacuation de l'eau, sont tres souvent humides.
Les toilettes turques, si elles ont l'avantage d'etre hygieniques (surtout dans les lieux publics), ont l'inconviennent d'etre difficilement utlisisables pour les personnes agees ou qui ont du mal a se baisser. Il y a donc parfois, des chaises percees (a la Louis XIV !!) qui se placent au dessus du trou, en prenant appui de part et d'autre de la faience.
Pour en finir avec le petit coin, il n'y a pas de papier, mais un tuyau et un arrosoir, pour se laver, mais avec la main gauche, la droite etant reservee a dire bonjour et a manger !!
L'essence
Le prix du litre d'essence a beaucoup augmente ces dernieres annees... Pour 1 $, on n'a plus que 12 litres, au lieu de 50 il y a 4 ans ! Le gouvernement depense 4 milliards de $ par an pour subventionner les carburants. Je n'ai toujours pas bien compris pour quoi d'ailleurs... Cet argent serait certainement mieux dans les caisses de leur education nationale ou pour mener a bien des projets dignes de ce nom. Au lieu de ca, le passe-temps favori des jeunes est de tourner en rond en voiture ou a moto, a cramer du petrole, ce qui a un effet desastreux sur l'environnement et la qualite de l'air. D'autant que les vieilles Paykan (voiture de leur fabrication) consomment 15 L/100 km, en mixte... Les dirigeants auraient promis de ramener les prix au cout de fabrication.
A noter qu'au Turkmenistan, nous avons vu notre guide faire un plein de 30 L pour ... 0,5 $ !!!
Lundi 25 Décembre

De Shiraz a Busher
par
biketripalicefr
le lun 25 déc 2006 16:00 CET
Apres avoir fait proroge nos visas et envoye par la poste iranienne un tapis pour lequel nous avons craque, nous prenons tranquillement la route en debut d'apres-midi sous un beau soleil. Au fait, pour l'anecdote le colis envoye de Tashkent est bien arrive en evitant les controles douaniers ouzbeks pour les CDs et la tenture (voir article bureaucratie locale dans "ouzbekistan"). 15 km pour sortir de la ville, au milieu d'une circulation cahotique, puis la route s'eleve. Nous partons de 1500m pour atteindre 2000 m en une quinzaine de kilometres. Vu notre heure tardive de depart, nous decidons de nous arreter apres 45 km. Nous sommes dans les montagnes et tout est recouvert de neige. Nous arrivons dans un premier village, mais nous le jugeons trop glauque pour y passer la nuit. Quelques kilometres plus loin, nous nous arretons devant un haut portail, la batisse ressemble plus ou moins a une ferme. Quelques poules et un gros chien se partagent un grand jardin, lui aussi enneige. Je vais voir, et pendant ce temps la, une voiture s'arrete au niveau de Stef. Un monsieur, qui nous avait double une bonne demi-heure auparavant, est alle jusqu'au village suivant pour nous acheter des gateaux et des boissons, et est revenu a notre niveau pour nous les offrir ! Il nous invite egalement a passer chez lui la nuit suivante, a Kazerun, beaucoup plus loin. La dame de la ferme nous accueille chaleureusement, et nous propose de dormir dans une petite salle. Il s'agit en fait d'une usine de thermoformage de plastique. Apres quelques mots echange autour d'un the, d'une omelette et de quelques chocolats, son mari (le proprietaire de l'usine) et elle insistent pour nous faire dormir chez eux, a Shiraz, a 60 km ! Le boss appelle son gendre a Teheran pour nous servir d'interprete. Nous hesitons du fait de l'heure et de la distance, mais la curiosite l'emporte, bamos a Shiraz, mais en auto !
Nous arrivons dans leur bel appartement, decore avec gout. Le mobilier est moderne et des gravures de cuivre ciselees representant des sujets zoroastriens (qu'un occidental mal reveille prendrait pour des decorations Egyptiennes) ornent les murs, si bien qu'on pourrait se croire en France. Nous qui pensions dormir au froid dans notre tente, nous nous retrouvons au chaud dans un cadre plutot luxieux. Nous parlons mi-farsi mi-anglais et arrivons bien a nous comprendre. Des l'entree dans l'appartement, Stef est invitee a oter son hidjab, comme le fait immediatement la maitresse de maison. L'ambiance est detendue et tout le monde est souriant. La soiree se terminera (tres tard pour nous, vers minuit) autour d'un succulent Khoresht e Bademjum (ragout de viande, d'aubergines et de tomates). Pendant ces quelques heures, nous avons ete completement integres a la famille...le fils de 22 ans n'hesitant pas a se trimballer en slip !
Le reste de la route pour rejoindre Busher merite vraiment le detour avec plusieurs cols a plus de 2200 m, malgre une circulation plutot dense et 4 tunnels plus ou moins angoissants. Les automobilistes rivalisent pour nous gater, nous avons ainsi recu en cadeau une K7 audio, du the (ils se baladent tous avec un thermos) et des arrosoirs en plastique !

Yazd, Espahan, Shiraz
par
biketripalicefr
le lun 25 déc 2006 15:00 CET
Yazd
La ville de Yazd avec sa vieille ville historique, ses remparts en terre et ses tours du vent est d'une beaute surprenante. Les hauts minarets ainsi que l'etonnante architecture de l'ensemble Amir Chakhmaq contribuent a nous en mettre plein les yeux. Le centre de la vieille ville est compose de ruelles tortueuses a profusion, au detour desquelles on decouvre un monument, une batisse, un marchand, une mosquee ou un badgir. Il s'agit aussi d'un des hauts lieux du Zoroastrisme.
Qu'est ce qu'un badgir ?
Ces tours (voir photo) sont l'ancetre de la climatisation. Elles recueillent la brise et l'envoie a travers des conduits au coeur de la maison. En chemin, elle passe dans differents elements, notamment par un bassin rempli d'eau, qui en s'evaporant rafraichit l'air ambiant tandis que l'air chaud est renvoye a l'exterieur. On les appelle egalement tours du vent.
Le Zoroastrisme (voir article Gonur dans "Turkmenistan")
Cette religion est consideree comme la premiere monotheiste. Son fondateur Zoroastre (Zarathoustra) est ne aux alentours de 550 avant JC a Mazar-e-Sharif. Les fideles venerent le feu et entretiennent des flammes eternelles comme a Ateshkedeh dont la flamme sacree brulerait, sans discontinuer, depuis pres de 1600 ans. Parmi les croyances des Zoroastriens, il y a la purete des elements. Par exemple, ils n'enterrent pas leurs morts pour ne pas polluer la terre, mais ne les incinerent pas non plus, pour me pas polluer l'air. Qu'en font-ils alors ? Ils les placent dans des tours du silence (rien a voir avec les tours du vent !) et attendent des vautours qu'ils fassent leur boulot. Un pretre restait a proximite du corps pour voir quel oeil etait attaque en premier. Le droit, plutot bon signe : l'ame filait tout droit au paradis, le gauche promettait un avenir compromis. Depuis quelques annees deja, ces tours ne sont plus en service, et les croyants enterrent leurs morts dans des tombent recouvertes de beton pour ne pas contaminer le sol.
Parmi les autres croyances, il y a la dualite du bien et du mal, du bon du mauvais, qui se trouvent en nous a chaque instant. C'est une lutte permanente qui habitent tous les Hommes, qui ne sont jamais tout bon ou tout mauvais. Ceci se traduit par la representation du Favrashi aile (Sorte de pretre en contact avec Dieu), souvent grave en bas-relief (A Persepolis notamment), qui comporte trois niveaux sur ses ailes (bonne pensee, bonne parole, bon acte) et trois niveaux sur sa queue (Mauvaise pensee, mauvaise parole, mauvais acte). A noter, et c'est tres important, que les ailes sont plus longues que la queue, ce qui signifie qu'au bout du compte, le bien l'emportera sur le mal. Pas d'apocalypse, de fin du monde, ou autre terrible issue, enfin une religion qui donne une note d'obtimisme ! Il ne reste que peu d'ecrits de Zoroastre, l'Avesta etant l'ecrit sacre. Gonur a abrite une importante population Zoroastrienne.
Il n'y aurait plus que 150 000 Zoroastriens dans le monde et seuls 5 500 vivraient a Yazd.
NB : Les rois mages, mais vous le saviez j’en suis sur, etaient bien des zoroastriens !!!
Ispahan
Ville de 1 600 000 habitants, comptent de nombreuses et belles mosquees ainsi quelques jolis ponts. Ce qui caracterise le plus la cite est la place de l'Imam, dont les dimensions sont : 512 m de long par 163 m de large. Il s'agit tout simplement de la 2 eme plus grande place du monde apres...Tienanmen (Beijing). Elle se compose de 3 mosquees et un palais, le tout relie par des arcades sur deux niveaux.
On ne va pas vous decrire tous ces monuments grandioses, on mettra quelques photos en ligne. Par contre, nous avons retrouve Maud et Cyril, couple de voyageurs rencontre a Tashkent il y a 5 semaines. Apres une soiree et un petit dejeuner riches en anecdotes, nous les avons accompagne jusqu'a leur taxi, ou, pour leur dire au revoir nous leur avons fait la bise, en pleine rue ! Ce qui parait naturel pour nous, ne l'est pas pour les locaux... Et c'est les yeux ecarquilles qu'ils ont regarde ces embrassades entre occidentaux. Imaginez vous un homme qui fait une bise a une femme qui n'est pas de sa famille !!!
Il est difficile pour des novices comme nous de tout le temps respecter le code vestimentaire (Hidjab). Sans le faire expres, il est arrive une fois a Stef de le retirer en entrant dans la chambre de l'hotel et d'oublier de le remettre en sortant pour aller chercher la theiere... Ou encore, en montant dans un bus, alors qu'il pleuvait, Stef a enlever la capuche de son K-way emportant le foulard en meme temps. Je ne m'etais pas non plus rendu compte. Un homme, la voyant ainsi l'a demande quasi instantanement en mariage ! Et ses deux acolites etaient survoltes jusqu'a ce qu'on soit conscient de l'omission.
Shiraz
La profusion de monuments plus magnifiques les uns que les autres depuis un bon mois ainsi que les avis peu enthousiastes des personnes rencontrees, nous ont menes a Shiraz qu'avec peu d'entrain. C'est peut-etre honteux et on le regrettera dans quelques mois, mais nous sommes au bord de l'overdose de mosquees, de faiences et de minarets... Or, Shiraz, apres quelques deambulations, nous a seduits par son architecture differente, ses habitants detendus et agreables, et par ses 5 ou 6 degres de plus. Les palmiers, les mandariniers et un grand et beau soleil nous ont accueillis, mais c'est surtout la decouverte de 2 mausolees vraiment particuliers qui nous a charmes. Ces 2 mausolees, ou les non-musulmans doivent solliciter une autorisation speciale pour y penetrer, sont coiffes de coupoles en forme de bulbe. Les femmes doivent imperativement porter le tchador. Ainsi accoutres, nous avons pu entrer, mais chacun de notre cote, hommes et femmes etant separes. Et la, stupeur a l'interieur, le dome et les murs sont integralement recouverts d'une mosaique de miroirs. L'effet est a couper le souffle. C'est un des moments les plus forts depuis le debut du voyage, ce mausolee rempli de pelerins venus prier et pleurer sur la tombe de Sayyed Mir Ahmad.
Dimanche 17 Décembre

Iraniens / Iraniennes
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biketripalicefr
le dim 17 déc 2006 11:03 CET
Voila ce que nous pouvons dire apres nos 10 premiers jours passes en Iran.
Les Iraniens
Idees recues : Ils detestent les occidentaux. Ils ont une grosse barbe, des tetes de tueurs. Ils sont intolerants. Ils meprisent les femmes et ne s'adressent jamais directement a elles. Ils sont fanatiques.
Ce que nous voyons : Ils adorent discuter et aider les occidentaux. Ils nous posent des questions sur notre style de vie, notre voyage etc... Ils s'assurent regulierement que nous n'avons besoin de rien et sont tres chaleureux, aussi bien avec les hommes que les femmes. Par contre, nous sommes souvent "scannes" de haut en bas, et on ne sait pas si ce n'est que de la curiosite... Tres peu portent la barbe, et meme s'ils sont tres pieux, ils tolerent les autres religions. Ils parlent parfois directement a Stef, surtout (evidemment) quand elle leur pose des questions. Ils ont l'air d'assez bien connaitre les moeurs de notre societe occidentale, bien plus que nous les leurs. La France, Chirac et Zidane sont particulierement bien vus, meme si certains insistent sur le fait qu'ils ont besoin de l'arme nucleaire, et meme si d'autres trouvent l'attitude de notre gouvernement trop tendre avec leurs dirigeants. Du coup, ceux-ci preferent la politique americaine, plus tranchante et opposee a leur regime. Ceux qui sont en accord avec le fonctionnement actuel de leur pays, aiment tout de meme bien les dollars, quelle ironie !
Les Iraniennes
Idees recues : Elles n'ont aucun droit. Elles baissent tout le temps les yeux et ne portent que le tchador. Elles ne parlent jamais aux hommes, et ne sont jamais en leur compagnie. Elles ne sourient jamais et sont dependantes de leur mari. La tenue reglementaire ne leur permet pas de montrer la moindre meche de cheveux, sinon coups de fouet. Le maquillage est proscrit. Elles ne travaillent pas et ont des postes a responsabilite limitee. Elles refusent d'etre prises en photo.
Ce que nous voyons : Elles cherchent a se rebeller (les jeunes bien sur) : les hidjabs sont portes a mi-tete, laissant apparaitre leur chevelure ainsi qu'un maquillage prononce. Elles me regardent souvent dans les yeux et n'hesitent pas a m'apostropher. Beaucoup se debrouillent en anglais, et font de hautes etudes. Elles (toujours les jeunes) sont extremement curieuses et n'hesitent pas a nous parler ouvertement de leur tenue imposee. Ici a Ispahan, les (jeunes, encore !) couples se donnent la main dans la rue. Elles sont tres souriantes, meme si les plus "anciennes" sont plus discretes et viennent moins spontanement a notre contact. On sent que l'effet de groupe les aide a s'affranchir de leur retenue. Elles aiment se faire photographier, ce qui n'est pas le cas des autres generations.
En revanche, elles ont toujours du mal a trouver des postes repondant a leur qualification, et il existe une grande discrimination au travail. De grandes inegalites subsistent et leur combat est loin d'etre termine.
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